Top12 au féminin

A la une du site de la FFE, il y avait hier une vidéo sur le sujet « Top 12 au féminin ». Musique dynamique, de beaux portraits de joueuses, concentrées, ayant visiblement l’envie d’en découdre sur l’échiquier. La parole leur est ensuite donnée.

A part l’intervention finale de Marie Sebag avec une portée générale sur les jeunes joueuses – qui abandonnent malheureusement en trop grand nombre les échecs à l’adolescence, les autres joueuses interviewées (Fiona Steil-Antoni, Camille de Seroux et Cécile Haussernot) parlent de leur expérience concrète dans le Top12. Et on retrouve principalement des aspects déjà développés ici (ce qui montre bien que ce n’est pas le ressenti d’une seule joueuse), à savoir :

  • le fait de jouer éternellement contre les mêmes adversaires,
  • le fait de devoir sans cesse chercher de nouvelles lignes pour essayer de surprendre ces adversaires qu’on a rencontrées d’innombrables fois,
  • le fait de jouer régulièrement contre de bonnes amies, ce qui exige un effort supplémentaire d’abstraction.

Mais au-delà de ce constat de la part des joueuses, on peut regretter l’absence de questionnement de l’ensemble du monde échiquéen sur ce sujet. C’est ce silence qui m’a frappée dans cette vidéo. On dirait que cette situation tombe du ciel, qu’il faut bien s’y faire puisque « c’est la vie », que c’est aux joueuses de prendre sur elles et de s’adapter au mieux.

Pourtant si cette situation touche particulièrement et principalement les joueuses – infiniment plus que les joueurs, c’est bien parce que cela découle d’une décision de la Fédération : la fameuse féminine obligatoire.

Est-ce qu’on ne pourrait pas prendre acte des (gros) désavantages de cette règle et chercher d’autres moyens de soutenir le haut niveau féminin, y compris financièrement ? Sommes-nous, joueurs et joueuses d’échecs, si dépourvus d’imagination que nous ne puissions remettre en cause une règle qui concentre les joueuses entre elles, ce qui a nécessairement des effets néfastes sur le plan sportif ?

Appel à cotisations 2017

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Les quatre listes de décembre en marche

La campagne pour l’élection présidentielle (à la FFE) a officiellement débuté avec la parution des listes de candidatures (que vous retrouverez ici, accompagnées des programmes des candidats). Nous vous invitons vivement à lire ces quatre professions de foi avec attention, afin de vous faire une opinion personnelle. Dans la suite du texte, nous ferons référence à ces listes et programmes par les abréviations DO (Dornbusch), ES (Escafre), IA (Iasoni) et KO (Kouatly).

L’association Échecs & Mixte ! a procédé à une rigoureuse analyse de texte de ces pages. Espérant pouvoir apporter une pierre constructive aux débats qui s’annoncent, nous vous livrons ci-dessous nos commentaires. Il s’agit de discuter ouvertement de nombreux points qui nous paraissent importants dans le cadre de cette élection qui fait suite à des événements exceptionnels pour la fédération. Dans cette optique, nos commentaires dépassent quelque peu le cadre des buts de l’association car nous n’avons pas la prétention de croire que la seule question de la mixité soit vitale pour l’avenir de la FFE.

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Mathilde Congiu sur Chess24

A l’occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes, le site Chess24 a donné la parole à des joueuses de haut niveau. C’est ainsi que Mathilde Congiu intervient pour donner ses impressions personnelles sur la situation actuelle des femmes aux échecs et pour présenter l’association Échecs & Mixte !

Pour celles et ceux qui lisent l’espagnol, c’est ici.

État des lieux de la mixité dans les championnats jeunes (départements & ligues)

Les résultats de ces dernières années des championnats jeunes départementaux, de ligue (petits poussins à minimes) et de France (petits poussins à juniors) ont été compilés à partir des données présentes sur le site de la FFE.

Vous pouvez les télécharger à partir des liens ci-dessous :

Avec ces données, nous espérons nourrir la réflexion et le débat à propos de la mixité des championnats jeunes. N’hésitez donc pas à vous en servir. Si vous remarquez des erreurs dans les fichiers, faites-le moi savoir via la page contact du site, et je les corrigerai.

Voici quelques remarques à propos des niveaux départements et ligues :

  1. Il manque des résultats. Il est possible que certains départements n’organisent pas de championnats, faute de participants, mais dans beaucoup de cas il semble que les résultats n’ont tout simplement pas été envoyés.
  1. Il y a une grande diversité de pratiques quant à la mixité (les exemples sont tirés de la saison 2014-2015) :
  • Quelques rares championnats sont mixtes par principe : le département de Paris (IDF751), la ligue de Basse-Normandie (BNO) et la ligue du Lyonnais (LYO). Dans ce dernier cas, la transition vers des championnats mixtes est en cours. En 2015, seuls les tournois petits-poussins et poussins étaient concernés. Bien sûr, la mixité de principe au niveau d’une ligue n’entraîne pas forcément la mixité de principe au niveau des départements qui la composent.
  • Quelques départements refusent absolument la mixité. Ainsi on voit plus d’une fois dans les données des championnats de catégories féminines à deux concurrentes avec des matchs simples (FRC), aller-retour (PCH, LIM), à 4 parties (PIC, LAN30, LAN48, PRO13), à 5 parties (MPY65) ou à 6 parties (HNO27, PRO04-05).
  • Il est possible que dans certains départements, lorsqu’il n’y a qu’une seule joueuse dans une catégorie, elle ne joue pas du tout plutôt que d’être intégrée au championnat mixte correspondant. La plupart du temps, il est bien sûr impossible de savoir s’il n’y avait pas d’inscrites ou si la seule inscrite n’a pas joué ; et je n’ai envisagé ce cas de figure qu’après avoir vu des fiches de tournois avec une seule participante (en 2014-2015, voir en Poitou-Charente, catégorie poussines).
  • Certains départements préfèrent mélanger en priorité les catégories d’âge plutôt que d’avoir des championnats mixtes (HNO27, PDL53, LIM87, CAZ83, CAZ06).
  • On trouve aussi des innovations inattendues : un département a ainsi organisé des championnats mixtes, mais en intégrant les filles à la catégorie d’âge inférieure – les benjamines avec les pupilles et les pupillettes avec les poussins (FRC70).
  • Un autre département a fait jouer ses benjamines et minimes filles avec les exempts des autres tournois (poussins à minimes, garçons et filles) plutôt que de les intégrer dans la catégorie mixte correspondante (MPY31).
  • Certains départements, du fait du manque de joueurs, regroupent leurs championnats. Une séparation mixte/filles est parfois maintenue, avec à nouveau, des championnats à deux ou trois joueuses, à rondes multiples (PRO04-05).
  • Un département a organisé un championnat mixte en intégrant les deux seules filles. La particularité a été de faire jouer les deux filles ensemble à la dernière ronde, sans doute pour que cela constitue leur « championnat féminin séparé » (BRE35).
  • La plupart des départements semblent avoir une approche plus pragmatique : championnats séparés quand les organisateurs estiment que les filles sont en nombre « suffisant », mixtes quand ce n’est pas le cas. Le sens que l’on donne à « suffisant » est primordial : dans nombre de cas, il n’est à l’évidence pas considéré comme synonyme de « permettant de faire autant de rondes (simples) que prévu ».
  • Ainsi, dans les championnats non mixtes, il est très fréquent (pour ne pas dire la norme) que les filles jouent moins de rondes que les garçons ou bien jouent plusieurs fois contre les mêmes adversaires.

Cette diversité interpelle parce que cela veut dire que les filles sont traitées différemment selon le lieu, le niveau (département ou ligue), la catégorie d’âge et l’année. De plus on imagine que les filles ne connaissent leur tournoi (mixte ou féminin) qu’au dernier moment. Les garçons bénéficient d’une stabilité bien plus grande.

Ce qui apparaît également dans ces données est que la mixité est déjà une réalité dans de nombreux endroits – elle est même en augmentation, sans que ça ait l’air de poser de problème. Par contre, elle semble être considérée comme un « moindre mal » (à l’exception des rares cas de mixité de principe). Il s’agit donc de la promouvoir au contraire comme un atout, un vecteur d’égalité entre garçons et filles et comme un moyen de progression pour ces dernières.

Il y a beaucoup de choses à tirer de ces données, et ce sera l’une des prochaines tâches d’Échecs & Mixte. Pour l’instant, pour vous donner envie d’y regarder de plus près et pour montrer que les filles ne sont pas ridicules en championnats mixtes, je me suis amusée à relever le nombre de ceux-ci2, le nombre de podiums comprenant au moins une fille et le nombre de premières places occupées par une fille. Bien sûr, cela ne nous dit rien de la différence entre les niveaux moyens des garçons et des filles.

J’ai considéré uniquement le numéro de la place dans la grille, en négligeant les ex-æquo et départages.

DépartementsNombre de championnats mixtesNombre de podiums avec au moins une filleNombre de championnats remportés par une fille
2012-201312048 (40%)9 (9%)
2013-201416261 (38%)16 (10%)
2014-201516780 (48%)18 (11%)
2015-201616057 (36̈%)18 (11̈%)
2016-201718465 (35%)16 (9%)

LiguesNombre de championnats mixtesNombre de podiums avec au moins une filleNombre de championnats remportés par une fille
2012-2013225 (23%)2 (9%)
2013-2014257 (28%)0 (0%)
2014-20153811 (29%)3 (8%)
2015-2016355 (14%)1 (3%)
2016-20173810 (26%)2 (5%)

 

 

  1. Les départements sont désignés par l’abréviation de la ligue, suivi du numéro de département []
  2. C’est à dire, les championnats effectivement mixtes, où l’on trouve au moins une fille et un garçon []

France jeunes : quelle catégorie (mixte ou filles) allez-vous choisir ?

 

Les phases qualificatives (départements et ligues) pour les championnats de France jeunes vont bientôt commencer. Pour toutes les joueuses et leurs parents une question se pose au préalable : dans quelle catégorie allez-vous vous inscrire ou inscrire votre fille ? En mixte ou en filles ? Et qu’est-ce que l’association Échecs & Mixte ! peut apporter aux joueuses face à cette question ?

Lors de la pétition pour la mixité des championnats de France jeunes, un certain nombre de personnes ont argué que cette pétition était sans objet, que les championnats de France jeunes étaient déjà mixtes, et que les filles souhaitant jouer en mixte pouvaient le faire sans aucun problème. J’imagine donc que des centaines de jeunes filles et leurs parents se posent tous les anschpFj-2015-pau la question « dans quelle catégorie jouer cette année ? », évaluent les pour et les contre et choisissent en ayant pleinement conscience des implications de ce choix.

Ce n’est pourtant pas l’impression que donnent les témoignages publiés sur ce site. Ce qui a plutôt l’air de se passer, c’est que les filles s’inscrivent ou sont inscrites massivement dans les championnats féminins sans que la question se pose vraiment. Ou lorsqu’elles le font, les pressions diverses (regard des autres, système de qualification) sont suffisamment fortes pour qu’elles n’aient pas l’impression d’avoir un réel choix.

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Bibliographie « (in)égalité hommes/femmes aux échecs »

L’association Échecs & Mixte ! entreprend de rassembler les publications (scientifiques ou non) adressant le thème de l’égalité ou de l’inégalité des hommes et des femmes vis-à-vis du jeu d’échecs, en ce qui concerne les statistiques, les différents faits sociaux ou historiques, le cerveau, la physiologie en général, etc. Le but de cette bibliographie est de permettre aux lecteurs d’avoir accès à la littérature sur le sujet et aussi de faciliter de futures recherches.

Cette bibliographie sera mise à jour au fur et à mesure que nous découvrirons de nouvelles références. N’hésitez pas à contribuer !

(Par commodité, nous avons attaché les articles de type « réponse » ou « diffusion » à la référence originale)

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Une jeune joueuse à propos de la mixité

Courte introduction

Quand j’ai commencé à interroger des joueuses sur la question de la mixité, ce qui m’a frappé, c’est leur réaction très vive au fait que quelqu’un s’intéressait sérieusement à la question. Cela fait moi-même près de quinze ans que j’enrage de cet état de fait et je m’aperçois petit à petit que je ne suis pas la seule.

Deuxième prise de parole dans cette série (après celle de Sophie Aflalo) : celle d’une jeune joueuse préférant rester anonyme. Propos recueillis en juin 2014.

Si des joueuses souhaitent témoigner et donner leur point de vue (nominativement ou anonymement), nous les publierons avec plaisir.

Nous acceptons également les contributions qui ne vont pas dans notre sens. Simplement, dans ce cas, nous nous réservons le droit de publier en même temps une réponse argumentée.

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Sophie Aflalo et la mixité des Championnats de France jeunes

Courte introduction

Quand j’ai soumis ma candidature à la Commission des Féminines en mai 2013, ma lettre de motivation indiquait : « je considère qu’il est primordial de valoriser la mixité et surtout auprès des jeunes, notamment en supprimant les championnats jeunes féminins » au profit de championnats exclusivement mixtes.

Mes opinions en entrant dans cette commission étaient donc on ne peut plus claires. Une fois entrée dans la commission, j’ai interrogé quelques joueuses et animé une soirée de discussion sur le thème de la mixité à l’Open de Sélestat en février 2014.

Suite au compte-rendu de cette soirée à la commission féminine, j’ai reçu de la présidente de la commission la réponse suivante : « Faisons bien attention de ne pas dénigrer les mesures prises par la FFE en faveur des femmes qui sont plutôt bien acceptées par une bonne majorité d’entre elles ! »

Je suis peut-être paranoïaque, mais j’ai quand même un tout petit peu interprété cette réponse comme un refus de toute discussion des mesures actuelles. Les joueuses d’échecs sont têtues : l’objectif n’a pas été abandonné et vous connaissez la suite, la pétition, la fin de non-recevoir de la FFE, la création de l’association, etc.

Aujourd’hui nous publions – avec l’accord des personnes concernées, bien sûr – les propos recueillis : ici ceux de Sophie Aflalo.

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