Parce que « mixte » ne signifie pas « chez les garçons » ou les Championnats régionaux IDF 2018

Mes amis qui ne jouent pas aux échecs me demandent toujours pourquoi dans certains tournois « les filles et les garçons ne jouent pas ensemble. » En général, c’est dit sur le ton de l’évidence : « il n’y a pas de différence entre le cerveau des filles et des garçons, c’est anormal de les séparer. » Je dois donc expliquer à chaque fois que, d’une part ce ne sont pas « les garçons » qui sont séparés des filles mais qu’il existe une catégorie féminine et une catégorie « mixte » où les joueuses s’inscrivent rarement, et que comme il n’y a que 10% à 20% de joueuses, il y en a moins de haut niveau. Résultat, passé un certain stade, sans compétitions féminines ou règles particulières, les joueuses finiraient par trop se raréfier. Je prends en général pour exemple le fait que Hou Yifan, la meilleure joueuse en activité et seule femme au top 100 mondial, n’y est jamais que 93e.
Il n’empêche que séparer les joueuses et les joueurs aux échecs, ça fait bizarre, même pour moi. Et on a déjà parlé sur ce site des problèmes qui viennent de l’habitude de trop jouer en féminin, notamment dans la formation des joueuses. J’ai donc été très heureuse que la Ligue d’Ile de France décide cette année de faire jouer ensemble les catégories féminines et mixtes lors des championnats régionaux des jeunes. L’idée était qu’il y aurait deux classements, le féminin et le mixte, et que les meilleures joueuses auraient ainsi l’occasion de se qualifier en mixte au championnat de France.

J’ai eu l’honneur d’être membre de l’équipe d’arbitrage, en charge de la catégorie Benjamins.

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État des lieux de la mixité dans les championnats jeunes (départements & ligues)

Les résultats de ces dernières années des championnats jeunes départementaux, de ligue (petits poussins à minimes) et de France (petits poussins à juniors) ont été compilés à partir des données présentes sur le site de la FFE.

Vous pouvez les télécharger à partir des liens ci-dessous :

Avec ces données, nous espérons nourrir la réflexion et le débat à propos de la mixité des championnats jeunes.

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Acte III, scène 2, vers 860.

Pour cette fois, je vais vous parler de théâtre. Après tout, on a souvent comparé les parties d’échecs à des pièces de théâtre miniature, où un destin royal se joue en une unité de temps, de lieu et d’action, comme l’impose la règle du théâtre classique.

Plantons donc le décor familier où va se jouer le drame classique qui fait le sujet de mon billet d’aujourd’hui : Un tournoi d’échecs, la pause entre deux rondes. Des joueurs se regroupent, discutent, commentent leur partie du matin, dans l’attente de la publication des appariements suivants. Certains ont gagné, d’autres ont annulé, d’autres enfin ont forcément perdu. Parmi ce dernier groupe, il va fatalement s’en trouver un ou deux pour tenter de justifier leur zéro pointé autrement que par la dure loi du plus fort, comprenez celle de l’adversaire. Soyez honnêtes, tous ici qui me lisez, des scènes de ce style, vous en avez écoutées, peut-être même en avez-vous jouées :

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Le mythe de la caverne

Les échecs, les femmes, les hommes et le mythe de la caverne

Pour ce premier billet d’humeur dans cette catégorie, je voudrais reprendre et pourfendre un argument maintes fois avancé par certains pour « expliquer » la supposée inaptitude biologique et/ou génétique des femmes pour le jeu d’échecs : j’ai nommé le « mythe de la caverne », en clin d’œil amusé et moqueur à la célèbre allégorie de la caverne de Platon, qui, plus sérieusement, «expose en termes imagés les conditions d’accession de l’homme à la connaissance de la réalité, ainsi que la non moins difficile transmission de cette connaissance » (d’après Wikipédia).

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