Et maintenant,qu’est-ce qu’on fait ?

Gravure d'une boussole en noire et blanc, avec pour légende "Fig.21 - Boussole."

Au printemps dernier, les élections ont amené à la tête de la FFE une nouvelle équipe, celle de la liste menée par Éloi Relange, dont le programme est celui qui nous avait paru le plus sérieux et le plus développé concernant le secteur féminin. Nous félicitons bien sûr cette liste. Ce changement en a entrainé d’autres : plusieurs branches de la FFE ont renouvelé leur direction, la Direction Nationale des Échecs au Féminin (DNEF) a disparu, nous nous réjouissons de la création d’une « Commission Mixité », et enfin la commission Jeunes n’existe plus car les questions qui concernent les jeunes seront maintenant traitées « transversalement ». 

On ne s’en cachera pas, ces changements nous paraissent positifs, tant nous avons pu avoir le sentiment de ne pas avancer avec les personnes qui se trouvaient à la tête de la FFE ou de la DNEF par le passé : l’impression frustrante de faire du surplace, d’être ignoré, de devoir se placer en opposition alors qu’on voulait avant tout travailler de manière constructive. Rappelons par exemple l’affaire du plan de féminisation de la FFE : nous avons compris durant la campagne que ce plan était indispensable pour obtenir l’agrément sportif pour notre fédération… mais que sa réalisation l’était beaucoup moins… Ce pourquoi, alors qu’il avait été annoncé tambour battant, il n’a que très incomplètement été réalisé par l’équipe Kouatly.

Un sextant
Crédit photo : Rama, CC BY-SA 3.0 FR https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/fr/deed.en, via Wikimedia Commons

Une phase plus constructive ?

Nous espérons donc travailler de manière plus constructive avec la nouvelle équipe qui se trouve à la tête de la FFE. Certain-e-s membres d’É&M ont intégré des commissions fédérales. Il est assez normal qu’après des années à faire des propositions pas toujours entendues par notre fédération, il est temps pour elleux d’essayer concrètement et directement d’améliorer les choses.

Mais nous continueront, à Échecs & Mixte ! à nous exprimer sur ce site et à communiquer avec ceux qui dirigent la Fédération Française des Échecs pour faire des propositions, évaluer son action et, s’il le faut, dénoncer ce qui ne va pas[1]. Nous espérons néanmoins que nous entrons dans une phase plus constructive de notre action.

D’autres manières de militer

À Échecs & Mixte, nous devons aussi réfléchir à d’autres manières de militer. Nous allons par exemple essayer de mieux communiquer avec les Ligues pour voir les diverses manières d’arriver là à la mixité, notamment dans les championnats de Ligue Jeunes où les filles et les garçons joueront ensemble. Durant la campagne, Éloi Relange et son équipe avaient assuré qu’ils étaient pour la mixité aux championnats jeune, mais qu’il fallait d’abord, pour l’appliquer aux Championnats nationaux, que les Ligues décident elles-mêmes de l’appliquer dans les championnats régionaux. Sauf que ça simplifierait bien les choses que les championnats nationaux commencent par appliquer la mixité. Par exemple, actuellement, dans les ligues qui appliquent la mixité, on a des « doubles qualifiées », c’est à dire des compétitrices qui sont qualifiées à la fois en féminin et en mixte au terme du championnat régional. Il faut qu’elles fassent un choix, et ce choix peut être fait dans la semaine qui suit le championnat dans certaines ligues (ce qui arrive par exemple en IDF, où donc les filles et garçons moins bien classé-e-s attendent pour savoir si c’est une place en mixte ou en féminin qui va être libérée) ou, dans d’autres ligues, avant même de jouer, quand les joueuses ne sont pas encore conscientes de leur niveau. Cela crée des différences entre les Ligues pour la qualification des joueuses en mixte. 

C’est bien compliqué, non ? Alors que si les championnats de France Nationaux Jeunes étaient mixtes, chaque Ligue n’aurait qu’à envoyer un nombre déterminé de filles et de garçons, et il n’y aurait plus parmi les joueuses de « qualifiées mixte » et de « qualifiées féminines », juste des « qualifiées ». Filles et garçons joueraient ensemble avec à la fin un double classement, ce qui permettrait à certaines joueuses qui ont besoin de se sentir entourées de continuer à se retrouver « entre copines » aux championnats de France, et plus personne ne ferait pression sur les joueuses pour qu’elles aillent « chez les filles » parce qu’il y est plus facile de gagner des coupes, mais où leur résultats risquent de s’étioler dans un championnat moins sportif. 

Au XII siècle, on se représentait le monde comme sur cette carte établie par le géographe Al Idrissi. À Échecs & Mixte ! on espère qu’un jour la séparation entre filles et garçons dans les championnats jeunes ne sera plus, tout comme cette carte, qu’un témoignage du passé.

Voilà les perspectives vers lesquelles nous allons, perspectives dont nous pourrons discuter avec nos membres lors de notre prochaine Assemblée Générale. Nous serons par ailleurs toujours heureu-x-ses d’apporter notre expertise à tous ceux qui s’intéressent  aux femmes dans le domaine des échecs et de recueillir les témoignages de celles qui veulent nous faire partager leur expérience dans ce domaine.


[1] Nous pouvons en profiter, au passage, pour remarquer que l’équipe d’arbitrage pour le championnats de France Jeunes en octobre à Agen ne compte toujours que 30% de femmes arbitres. Même si la situation est assez compliquée pour cette édition, on peut peut-être se dire qu’il faut qu’à l’avenir la FFE et la DNA fassent de réels efforts pour arriver à des équipes mixtes.

Lettre aux candidats au Comité Directeur de la FFE

Le 13 janvier 2021,

Nous avons écrit aux candidats au Comité Directeur de la FFE (la liste menée par Bachar Kouatly, la liste «  Unité  » menée par Joël Gautier et la liste « Ouverture  » d’Éloi Relange) pour connaître leurs propositions pour le secteur féminin et leur donner les nôtres. Nous publierons leurs réponses lorsqu’elles qu’elles nous arriveront.

Chers candidats au Comité Directeur de la FFE,

Je vous écris en tant que présidente de l’association Échecs et Mixte ! Maintenant qu’après un loooooong feuilleton l’élection au Comité Directeur de la FFE semble définitivement fixée au 3 avril 2021, notre association aimerait connaître vos programmes respectifs en ce qui concerne le secteur féminin. J’imagine qu’après les différents reports de date, les listes menées par Bachar Kouatly et Éloi Relange ont pu élaborer un programme, celle de Joël Gautier sans doute aussi, mais, à l’heure où j’écris, je ne trouve sur aucun de vos sites internet (quand ils existent) vos projets pour ce secteur.  

Quels sont vos projets pour le secteur féminin ?

Je ne doute pas que la féminisation des échecs vous tient à cœur  : les effectifs de la FFE ont besoin de se féminiser, cela afin que plus de femmes puissent découvrir le monde des échecs, que les joueuses puissent se sentir bien dans cette fédération, et qu’elles puissent développer au mieux leurs capacités. À Échecs et Mixte  ! nous sommes persuadé-e-s que vous voulez tous que les échecs cessent d’être un bastion masculin pour devenir un univers mixte où les femmes et les hommes seront à l’aise. Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est de connaître vos projets concrets pour ce secteur, et même  – pourquoi pas  ? – de lire des engagements chiffrés. Nous aimerions aussi savoir ce que vous comptez faire des projets qui existent déjà, et nous vous proposons aussi des mesures qui, nous le pensons, peuvent améliorer la mixité de notre sport. 

Comptez-vous appliquer le plan de féminisation actuel de la FFE ?

J’utilise à dessein l’expression «  secteur féminin  ». En effet, autant je suis contre le ridicule substantif «  féminine  » qui doit tout simplement être remplacé par «  joueuse  »  ; autant je n’utiliserais pas l’expression  «  secteur des joueuses  ». Car les femmes, dans le monde des échecs, ne sont pas que des joueuses, mais aussi des présidentes de club, des entraineures, des animatrices, des arbitres… Et toutes ces fonctions, quand on est une femme dans un milieu d’homme, peuvent être plus compliquées. C’est pourquoi, à Échecs et Mixte !, le plan de féminisation de la FFE nous avait enthousiasmé-e-s en 2019 avant que nous soyons extrêmement déçu-e-s de voir qu’il n’était pas appliqué (aucune trace d’un séminaire ou de récompenses pour les présidentes de club, parité à retardement pour l’arbitrage des grands événements obtenue seulement pour les championnats jeunes 2020 et pas appliquée sur les événements en ligne durant les confinements…) Que vous soyez sur une liste ou une autre, que comptez-vous garder et appliquer de ce plan de féminisation  ?

Nous avons des propositions, les voici :

Concernant la règle dite «  de la féminine obligatoire en Nationale  », nous avons depuis 2015 une proposition alternative qui est un quota de joueuses sur l’ensemble des parties jouées sur une saison en National-Régional-Départemental. Concrètement, cela revient à compter le nombre de parties jouées par un club dans ces divisions (Nombre d’échiquiers x nombre de matchs = nombre de parties) et à appliquer un coefficient pour qu’un pourcentage minimum de joueuses joue ces parties, à leur niveau.  

Par exemple  : un club a une équipe en Nationale III (8 rondes x 8 joueurs = 64 parties) et une autre en Régional (6 rondes x 5 joueurs = 30 parties). Cela fait donc 64 + 30 = 94 parties. Si on demande à ce que, au minimum, 12,5% des 94 parties soient assurées par des joueuses (soit 1/8e), cela fait 12 parties à leur faire jouer. Ce qui pourrait être réalisé avec deux joueuses sur toute la saison en Régional et aucune en NIII, ou une en NIII sur les huit parties et une en Régional sur quatre parties, ou toute autre répartition qui assure que 12 parties au moins seront jouées par des femmes sur la saison… Le pourcentage de joueuses peut être adaptés au nombre d’inscrits dans un club.

Afin que chaque club sache où il en est au cours de la saison, un outil pourra comptabilisersur le site de la FFE, dans l’espace club, toutes les parties jouées avec un code «  F  ». Et ceux qui ne respecteront pas cette obligation pourront être pénalisés les saisons suivantes. Cela permettra de faire jouer les femmes à leur niveau, et évitera de leur demander de venir pour rendre service plutôt que pour leur plaisir. Elles ne seront plus là pour «  éviter le -1  », mais elles pourraient être joueuses à part entière, et notamment exercer plus souvent le capitanat d’une équipe (comment voulez-vous être capitaine quand vous êtes le «  bouche-trou  » d’une équipe de NII où tous les joueurs ont 300 points de plus que vous  ?) Nous souhaitons connaître votre avis sur cette proposition, et savoir si vous comptez la mettre en œuvre car elle nous semble particulièrement importante pour l’accès à la compétition de nouvelles joueuses. 

Nous ne sommes cependant pas opposé-e-s à garder l’obligation d’avoir une joueuse par équipe en top12, si une commission du haut niveau féminin – en concertation avec l’élite féminine – estime que c’est une mesure adéquate pour favoriser tant leur progression sportive que leur situation économique. À ce propos, que comptez-vous faire pour sécuriser l’entrainement des joueuses de haut niveau les plus fortes ou les plus prometteuses  ? Certaines joueuses de haut niveau vont souvent choisir de jouer le National Féminin aux championnats de France pour des raisons financières, parce qu’elles sont invitées par la FFE, alors qu’elles préféreraient peut-être jouer l’Accession, un tournoi plus compétitif, avec des adversaires qu’elles connaissent moins, et qui peut leur ouvrir les portes du National Mixte. Est-ce qu’il y aurait la possibilité de transformer une partie des prix du National féminin en une allocation qui permettrait de laisser le choix aux joueuses du tournoi qu’elles désirent vraiment jouer l’année suivante ? Ou d’inviter quelques joueuses à jouer l’Accession, dans les mêmes conditions que le National féminin ? 

Par ailleurs, les joueuses de haut niveau ne doivent pas être cantonnées aux tournois féminins lorsqu’elles veulent tenter de faire des normes. Les tournois fermés, où joueurs et joueuses peuvent réaliser des normes de MI, GMI… pourraient avoir une aide de la FFE à condition d’avoir comme participantes une ou plusieurs joueuses françaises. 
Qu’en pensez-vous  ?

Que comptez-vous faire pour aider les joueuses qui sont étudiantes à continuer à s’entrainer  ? Beaucoup de joueurs et encore plus de joueuses abandonnent les échecs au moment de débuter leurs études. Certaines écoles et universités permettent pourtant à ceux et celles qui sont sportifs de haut niveau d’aménager leur emploi du temps dans ces années qui comptent tant dans la carrière d’un sportif. Pourrait-on avoir une liste de ces établissements  ? Comptez-vous promouvoir les partenariats avec eux  ?  

Enfin, vous le savez, Échecs et Mixte ! a toujours soutenu l’idée de faire jouer filles et garçons ensemble aux Championnats Jeunes, de l’échelon départemental au championnat national, avec double classement (mixte et féminin). Cela afin que les filles jouent à leur vrai niveau, qu’elles s’habituent à des tournois plus compétitifs, et que les garçons découvrent qu’elles sont des adversaires à part entière et non des «  féminines  ». Plusieurs ligues appliquent cela depuis des années, aucune ne s’en est effondrée. Faire jouer tous les jeunes d’une même catégorie dans le même tournoi est depuis longtemps une nécessité pour améliorer le niveau des jeunes joueuses. Vous y engagez-vous  ? 

J’espère avoir bientôt vos réponses à ces questions et connaître votre programme en ce qui concerne le secteur féminin. À Échecs et Mixte  !, nous souhaitons pouvoir publier vos différentes réponses au plus tard aux alentours du 17 février 2021 : nous fêterons les six ans de l’association, ce sera une bonne occasion d’avoir une idée de l’avenir de la mixité dans notre fédération. Et cela sera suffisamment tôt pour laisser aux lecteurs du site le temps d’évaluer vos programmes. Nous sommes prêt-e-s à parler de nos propositions, à échanger sur les vôtres. Nous attendons vos retours avec impatience et curiosité. 

En attendant, je vous envoie, au nom d’Échecs et Mixte !, nos meilleurs vœux de mixité et de projets réalisés pour cette année 2021.

Sonia Bogdanovsky,

Présidente de l’association Échecs et Mixte  !

 

Echecs , mensonges et vidéo

Article d’Isabelle Billard

On peut réglementairement mentir dans une impressionnante liste de jeux de plateau 1. Mentir pour conclure un accord qu’on trahira au tour suivant (Monopoly, Catane, Risk…). Mentir pour abuser l’équipe adverse (Loup Garou). Mentir pour donner du piment au jeu (tous les jeux de rôles, typiquement). Au jeu d’échecs, on ne peut pas mentir, en principe. Bien sur, il y a les gambits, l’offre d’un pion empoisonné par exemple en b2/b7 ou le sacrifice de Dame si tentant et pourtant si dangereux à accepter. Tout cela n’est pas mentir. Le coup s’est joué sur l’échiquier, au vu de tout le monde, il n’y a pas entourloupe, et la plupart du temps, l’adversaire n’est pas obligé de prendre. Un comportement plus limite est la fausse mine dépitée après votre coup, la main qui se déplace au-dessus du plateau de jeu et semble hésiter alors que vous connaissez l’ouverture par cœur. Ces comportements, qui s’apparentent plutôt au bluff du poker ou aux comédies des joueurs de foot qui tombent à terre en hurlant à la mort pour une pichenette, vous attireront les foudres de l’arbitre si vous abusez du procédé et que votre adversaire porte plainte. 

Une des tartes à la crème des textes sur les échecs est de vanter les valeurs sportives que véhicule le noble jeu : respect des règles, respect de l’arbitre, respect de l’adversaire. On pourrait donc s’attendre à ce que les représentants de la FFE soient irréprochables quant au respect de la parole donnée et soient d’une honnêteté intellectuelle à toute épreuve. Tout le monde a le droit de se tromper, mais personne n’a le droit de mépriser ses interlocuteurs, ses adhérents, le Ministère et le public en général qu’il puisse s’autoriser à promettre monts et merveilles pour, dans la foulée, s’asseoir sur les textes écrits qui engagent la FFE via leur signature. 

Et pourtant ! Si je reprends le texte du « Plan de féminisation de la FFE » qui nous avait tant plu (voir ici et ), en commençant par le mot du président, j’apprends que « La féminisation du sport échecs est une mission prioritaire de la FFE, nous nous engageons à favoriser l’accès des filles et des femmes à toutes les formes de pratiques du jeu d’échecs, à lever les obstacles qui entravent leurs engagements dans le haut niveau et à leur permettre une meilleure représentation dans les instances dirigeantes et encadrantes. » (signé: Bachar Kouatly). Dans le détail du plan, présenté cet été oralement par J. Wolfangel et M. Choisy, nous avions tout particulièrement signalé notre adhésion et notre enthousiasme pour les mesures visant à « tendre vers la parité sur l’arbitrage des grands championnats (championnat de France, championnat de France jeunes, championnat de France Rapide et Blitz)» (page 18). Encore plus précis et plus exigeant, le tableau de ce même plan, page 19, indiquait que l’objectif intitulé ‘parité sur l’arbitrage des championnats nationaux’, piloté par la DNA, devait commencer en août 2019, aux Championnats de France de cette année, par conséquent, et que l’indicateur chiffré serait le pourcentage de femmes. Résultat, la liste officielle des arbitres de ce championnat mentionne en tout et pour tout 3 femmes (Lucie ARGENTE, Dominique CYRILLE et Marie GUIBERT), pour 14 arbitres, soit une femme arbitre de moins que l’an passé pour le championnat de Nîmes, encadré par 12 arbitres au total. Pas besoin de sortir de Polytechnique pour comprendre qu’en passant de 4 F sur 12 à 3 F sur 14, on assiste à une régression. À tout le moins, on peut trouver que la FFE a une curieuse façon de « tendre » vers l’égalité des genres dans l’arbitrage des Championnats de France. 

Notez que je n’accuse pas les signataires du plan de mensonge éhonté. En effet,on peut trouver plein de raisons à ce pitoyable résultat après tant de battage médiatique, que l’on peut classer en deux catégories d’explications, que nous allons examiner tour à tour.

1) « C’est la faute aux femmes ! »
Evidemment, comme dit une pub célèbre, ‘100% des gagnantes auront tenté leur chance’, si bien que si moins de 7 femmes se sont portées candidates pour arbitrer aux championnats de France, même la meilleure volonté du monde n’arrivera pas à en mettre 7 dans la liste, sauf à prendre des volontaires désignées d’office, ce qui n’est pas souhaitable non plus. Toutefois, nos diverses sources d’information indiquent qu’au moins 5 femmes se sont portées candidates. Le compte n’y est toujours pas mais quelles ont été les raisons qui ont conduit à réduire ce nombre à portion si congrue ?

Encore une fois, je ne fais pas a priori de procès d’intention à la FFE mais tout de même, il y a de quoi se poser quelques questions. Toujours d’après nos informations, il n’y a pas eu de désistement pour cause de force majeure et aucune des candidates n’avait un niveau insuffisant. En revanche, une candidate a été écartée pour, parait-il, des petits soucis de comportements au cours d’arbitrages précédents, ce dont elle s’étonne. Sur ce dernier cas, je ne veux pas lancer une polémique qui n’a pas été souhaitée par l’arbitre en question mais comme dit encore une fois la pub, « il n’y a pas de petits soucis de comportement » quand on est arbitre. Ou bien il y a une plainte d’un joueur et une décision en commission ou bien il n’y en a pas. En l’absence de plainte passée, l’argument retenu pour l’écarter des Championnats sent fortement le moisi. Enfin, une deuxième candidate a été écartée parce qu’elle avait déjà arbitré lors des Championnats jeunes de cette année. Reste donc trois femmes pour un objectif de 7. 

Que les candidatures ne soient pas automatiquement acceptées, cela est normal. Que la première année où l’on claironne qu’on va vers l’égalité arbitrale, on se retrouve avec moins de femmes que l’année d’avant l’est beaucoup moins et ce n’est pas cet état de fait qui va susciter l’enthousiasme des femmes pour les candidatures de l’an prochain. 

Nous en venons donc logiquement à la seconde catégorie de raisons possibles à ce fiasco lamentable :

2) « C’est la FFE, la DNF et la DNA 2   qui n’ont pas fait leur boulot ! »

Commençons par deux questions ‘poil à gratter’ : 

  • 1) y a-t-il plus de raisons pour exclure une femme, sous prétexte que les femmes ne représentent que 25 % de la FFE plutôt que de choisir un homme sous prétexte que les hommes représentent déjà 75 % des licenciés ? Dans les deux cas, on choisit pour un argument lié au sexe, qui n’a rien à voir avec les compétences requises, alors pourquoi s’offusquer dans un cas et trouver ça parfaitement normal dans l’autre? 
  • 2) Notre Fédération crève, pour partie, d’effectifs en berne. Montrer que les échecs ne sont pas un monde ‘que pour les hommes’ pourrait avoir un effet positif sur les effectifs féminins de la FFE, par effet d’entrainement. Prouver qu’aux échecs aussi, les femmes ont leur place, comme partout ailleurs dans la société, est une œuvre de salut public, un argument vendeur pour des tas de dossiers de subvention (soyons horriblement pragmatique) et pourrait devenir une obligation ministérielle. Voulons-nous donc absolument nous cramponner à des attitudes ringardes ? Ne serait-il pas plus intelligent de devancer un tantinet non pas l’évolution de la société dans son ensemble (là, c’est déjà raté) mais l’évolution législative? 

Passons aux questions qui fâchent mais que tout cerveau normalement constitué va fatalement se poser : 

  • Se pourrait-il que des dissensions, pour ne pas dire des guerres de clan, existent au sein de la gouvernance de la FFE, qui auraient conduit à ce que la volonté d’une Direction Nationale soit considérée comme lettre morte par une autre? 
  • Ou bien alors, la DNF aurait-elle tout simplement oublié (!) de prévenir ou de discuter avec la DNA pour rédiger le plan de féminisation et chacun faisant son travail dans son coin sans se concerter, on en arrive à des incohérences majeures de cet ordre, plus personne ne voulant alors prendre la responsabilité de ce ratage? 
  • La Présidence de la FFE, en cette période d’agitation habituelle d’avant les AG, se serait-elle sentie si peu concernée par des promesses, qui, comme chacun sait, n’engagent que ceux qui y croient, qu’elle aurait tout simplement fait l’impasse sur ce point? 

Bref, pouvons-nous espérer avoir une explication franche et honnête à ce qui apparait, au choix, comme un couac monumental, un mépris affiché de la parole donnée, une désorganisation complète ou de l’incompétence avérée, voire les quatre à la fois ?

Pour l’an prochain, serait-il trop demandé de suggérer que la FFE, après un audit des raisons de ce cafouillage préjudiciable à sa réputation, s’y prenne autrement, par exemple en se donnant plus de moyens, tôt dans la saison, pour aller chercher des arbitres femmes, comme par exemple :

  • en écrivant à toutes les arbitres femmes pour leur expliquer qu’elles pourraient participer à de cet arbitrage prestigieux
  • en (re)publiant un appel en page d’accueil du site de la FFE
  • en écrivant à tous les clubs et arbitres formateurs pour qu’ils relaient cet appel
  • en mettant tous les responsables autour de la table, pour que nul n’ignore la politique affichée de la FFE ? 

Isabelle Billard

PS: ah oui, j’oubliais, pour le troisième mot du titre : http://www.echecs.asso.fr/Actu.aspx?Ref=12067

Illustration : Georges de La Tour, Le Tricheur à l’as de carreau.

1. Les listes de jeux choisis pour illustrer cet article ne sont nullement exhaustives.

2. DNF : Direction Nationale des échecs au Féminin et DNA : Direction Nationale de l’Arbitrage.

Joueuse de club par Sonia Bogdanovsky

Je suis ce qu’on appelle une « joueuse de club ». J’ai 38 ans, je joue depuis que j’en ai 27. Mon élo oscille entre 1500 et 1600. J’ai toujours habité en région parisienne, j’ai connu deux clubs différents, je n’ai bien sûr jamais été rémunérée pour jouer. Je fais aussi de l’arbitrage, je suis devenue AF3 il y a un an (ce qui permet par exemple d’être arbitre principale d’un tournoi sans normes) mais je n’ai pas beaucoup exercé, j’essaye d’arbitrer plus cette année.

L’échiquier féminin
Quand je me suis inscrite en club, je voulais progresser aux échecs, prendre des cours, mais je n’avais pas pensé faire de la compétition. Comme dans mon club la licence était gratuite pour les femmes, je me suis retrouvée avec une licence A et, un jour, on m’a demandé de venir remplacer quelqu’un dans une équipe mixte, je crois que c’était de la N5. Ça m’a vraiment plu, j’ai été surprise. A l’époque, je finissais mes études et je ne pense pas que je me serais payé une licence A directement, c’était trop cher pour moi. La licence offerte venait de ce qu’ils pouvaient avoir besoin de joueuses en N3, donc d’une certaine façon, c’est vrai que c’est l’obligation d’avoir des féminines en nationale qui m’a amenée à la compétition. Après, j’aurais pu aussi m’y intéresser par un autre biais, peut-être au bout de quelques années.

J’ai pas mal joué en N2 et en N3 dans le cadre de « l’échiquier féminin », qui est en fait l’obligation d’avoir au moins une joueuse et un joueur de nationalité française par équipe (sauf que l’homme, il est facile à trouver.) Actuellement, il y a une joueuse à plus de 1800 dans la N2 de mon club, mais elle est souvent indisponible pour raisons professionnelles, alors j’assure ses remplacements. J’ai tenté, une année, d’être à la fois présente en N4 où je me sentais à l’aise, à mon niveau, et d’aller faire des remplacements en N2 quand la première féminine n’était pas disponible. Sauf qu’avec la règle des trois matchs (une fois que vous avez joué trois matchs durant la saison à un niveau, vous ne pouvez plus redescendre dans les divisions inférieures) il y a un moment où ce n’est plus possible et où il faut dire adieu à l’une des deux équipes.

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