Elections 2021 : formatrices, compétitions féminines, haut-niveau.

Suite et fin de notre dossier sur les propositions des candidats au Comité Directeur avec les propositions des différentes listes sur les possibilités de devenir formatrice aux échecs, les compétitions féminines, et le haut-niveau.

Formatrices : Unité, considérant que « les clubs avec des entraîneurs femmes ont tendance à avoir un nombre plus important de féminines », propose de faciliter la formation en passant par la validation des acquis par l’expérience. On nous donne l’exemple d’une joueuse de haut-niveau qui après sa carrière aurait certainement des aptitudes et une expérience pour devenir entraineure. Nous nous sommes étonné-e-s de cette proposition dans le cadre d’une féminisation de la FFE : d’abord parce qu’on ne sait pas quelle étude indique que les formatrices et entraineures permettent d’avoir plus de joueuses dans un club (mais on se le demandait déjà en 2019 et on n’a toujours pas la réponse). En outre, pourquoi faudrait-il des moyens d’accès à la formation différents pour les femmes ?
Sophie Milliet nous a répondu que la complexité des diplômes de formation est un frein à ce que les femmes passent ces diplômes, sans nous expliquer en quoi ça l’était plus pour elles que pour les hommes (peut-être parce que des mères de familles ont moins le temps de s’engager dans un stage de formation ? Mais alors ne faudrait-il pas trouver d’autres façons d’organiser les stages ?) De toute façon, les hommes aussi pourront bénéficier de ce parcours… Nous devons nous avouer assez dubitatives devant ces arguments. Nous craignons un diplôme au rabais pour les femmes, et surtout nous voyons mal en quoi cette mesure serait particulièrement incitatrice à une féminisation des clubs.

Chez Ouverture, on va plutôt vers une baisse des coûts des stages pour devenir formatrice, avec une politique tarifaire incitative ou un système « une place achetée une place offerte » pour les licenciées. Là encore on estime que « la mixité des enseignant·e·s produit des bénéfices considérables pour le développement de l’enfant et améliore la volonté de perfectionner son jeu pour de nombreuses femmes. » En outre Ouverture prévoit de créer un groupe de 100 professeures accompagné par la FFE pour leur parcours de formatrices. On n’a toujours pas de preuves que les formatrices permettent d’avoir plus de femmes en club, mais au moins on se dit qu’avec une meilleure politique tarifaire et un suivi, on peut avoir plus de femmes qui enseignent les échecs, et donc montrer dès l’initiation que les échecs sont un monde mixte.

Enfin, du côté d’Un temps d’avance, on compte « féminiser les équipes de formation »… Comment, à quel niveau ? On l’ignore.

Compétitions féminines : Unité propose de créer des interclubs féminins aux niveaux départemental et régional afin de « renforcer l’esprit d’équipe », tandis qu’Ouverture souhaite « favoriser une pratique « loisir » féminine par le renforcement de dispositifs de tournois féminins ». Ces deux mesures ne nous convainquent pas tout à fait. Tout d’abord parce qu’on a du mal, à Échecs et Mixte, à imaginer que la féminisation passe par le fait de garder les femmes dans une réserve naturelle avec d’autres animaux de leur espèce. On se demande par exemple l’intérêt qu’a la DNEF à promouvoir autant les tournois féminins sur internet où les joueuses n’ont même pas l’occasion de discuter vraiment ensemble (en dehors des chats, où l’échange d’expériences reste très limité).
Nous croyons vraiment en la mixité : la féminisation de la FFE passe par le fait que tous et toutes puissent se côtoyer en équipe et en tournois. Nous savons néanmoins que beaucoup de joueuses sont sensibles à l’aspect convivial des tournois et compétitions féminines. Des propositions comme celles de ces listes laissent donc l’association dubitative, surtout que pour organiser des compétitions et des tournois, il faut des week-ends qui ne soient pas déjà pris par d’autres événements, et il n’en reste pas tant que ça dans une année. Nous préférerions une politique ambitieuse axée sur l’idée de faire participer les femmes aux compétitions existantes – qui seront d’autant plus conviviales en devenant réellement mixtes.

Compétitions par équipes mixtes : seule la liste Ouverture nous a répondu sur notre proposition alternative à la règle dite de « la féminine obligatoire » qui consiste à avoir une proportion de joueuses qui jouent à leur niveau sur toute une saison. Ouverture nous répond que cette solution semble « envisageable à la condition qu’elle ne représente aucune complication pour les dirigeant⋅e⋅s ». Il y a une inquiétude liée au fait de savoir si des clubs ne vont pas faire jouer des joueuses « trop jeunes ou trop faibles » s’ils n’ont par exemple pas d’équipes dans une petite division. Mais nous répondons que ces joueuses ne joueraient au-dessus de sur niveau qu’une saison, les équipes pouvant passer dans la division inférieure l’année suivante. Nous espérons avoir montré, lors de nos échanges avec Éloi Relange, que cette proposition alternative est réellement envisageable.

Le haut-niveau : la liste Un temps d’avance compte « atteindre l’égalité de traitement femme / homme dans l’attribution des prix et cachets ». Comme souvent avec cette liste, la proposition n’est ni détaillée ni expliquée (sentirait-on une certaine exaspération de notre part avec les propositions souvent floues de cette liste ?) On imagine donc qu’il s’agit des prix dans les championnats de France et les tournois organisés par la FFE. Une question se pose alors : Pourquoi ne pas l’avoir fait avant ? Cette proposition ne semble pas si difficile à mettre en œuvre, pourquoi l’équipe en place, qui se retrouve majoritairement sur la liste Un temps d’avance, n’a-t-elle pas commencé à la mettre en place avant ?
Chez Unité, à notre proposition de mieux doter les tournois fermés à possibilité de normes qui intègrent des joueuses, la réponse est « oui, oui, ne vous inquiétez pas » en s’appuyant sur l’expérience de Joël Gautier, tête de liste, dans l’organisation de tournois. Or nous ne demandons pas une action ponctuelle, mais s’inscrivant dans la durée. La réponse d’Ouverture nous rassure plus : « actuellement, la fédération verse déjà une aide financière aux tournois à normes. Nous sommes favorables à la mise en place d’un système de bonification de cette aide afin d’encourager la participation de joueuses. » Cette liste réfléchit aussi, comme nous l’avions proposé, à trouver une solution pour que les meilleures joueuses puissent participer au tournoi Accession au Championnat de France, tout en cherchant à « garder un National féminin attractif. »

En conclusion, globalement, sur ces sujets, on sent les propositions un peu disparates. Si celles de Un temps d’avance sont, comme souvent, insuffisamment développées pour emporter notre soutien, celles des deux autres listes montrent qu’il faudra encore réfléchir pour améliorer les interclubs ou sécuriser les parcours des meilleures joueuses. Nous espérons dans tous les cas que la liste qui sera majoritaire aux élections sera prête à continuer cette réflexion et à trouver des solutions concrètes aux questions abordées dans ce dossier. Nous devons souligner que si Unité nous semble avoir entamé sa réflexion mais que ses propositions paraissent encore un peu improvisées (peut-être parce que c’est la liste qui s’est déclarée le plus tard), Ouverture montre un vrai travail sur ces sujets, avec une vision d’ensemble concernant les femmes aux échecs. Nous serons dans tous les cas prêt-e-s à travailler avec tou-te-s celleux qui seront élu-e-s, en espérant que nous pourrons dialoguer avec les prochains responsables de la FFE et être entendu-e-s.

Pour revenir au sommaire de notre dossier sur les élections de 2021 au Comité Directeur de la FFE, il suffit de cliquer ici.

La réponse à notre lettre de la liste Unité

Après notre lettre aux candidats au Comité Directeur de la FFE, nous avons reçu le programme pour le secteur féminin de cette liste. Nous publions ici la réponse que nous a envoyée Sophie Milliet, la numéro 2 de cette liste, à l’intérieur de notre dossier sur les élections 2021.



Le 10 février 2021

Chères Aude et Sonia,

J’espère que je pourrai vous apporter quelques éléments de réponses par rapport à vos interrogations concernant notre programme pour lequel je me suis investie pleinement et je tiensà vous répondre point par point.

1) Concernant le programme de formation global.

Un très grand nombre de clubs sont confrontés au problème des jeunes filles qui arrêtent versl’âge de 12/13 ans. Une technique de motivation, couramment utilisée dans le domaine du sport, est de se fixer des objectifs par pallier (par exemple: top10 aux championnats de France jeunes,podium, titre dans les compétitions individuelles et par équipes, classement élos). C’est cette méthode qui m’a permis d’avoir mon parcours.

Le livret de compétence avec test de niveau, le programme de formation fédéral avec les masterclass dans les clubs sont de nature à permettre aux enfants d’évoluer dans leursprogressions. La fédération va s’occuper de proposer une formation globale incluant toutes lesquestions évoquées en distanciel avec la direction des jeunes et du numérique.

La formation est le moyen que la fédération et les clubs peuvent donner à ces jeunes pour atteindre leurs objectifs (sans entraînements, pas de résultat) C’est donc un élément très important dans le programme de féminisation.

2) Sur l’organisation de tournois à normes

Concernant les tournois à normes que Joël à organisé déjà (le dernier en date je devais jouer à Chalons-en-Champagne) et qui se ferait sous l’égide de la FFE , bien entendu qu’il s’agit d’intégrer aussi bien des joueurs que des joueuses qui aspirent à réaliser des normes. Je crois d’ailleurs savoir que Joël a toujours proposé à des fortes joueuses de participer à ses tournois.

3) Sur les championnats de France jeunes

Par mon expérience personnelle avec les championnats jeunes, je suis convaincue qu’il est très important de garder les tournois féminins et mixtes. C’est la position de la liste Unité.

La participation à un championnat de France jeunes est une source de motivation. Jouer dans lacatégorie féminine permet de se fixer des objectifs atteignables pour les joueuses qui nedominent pas leur catégorie dès le plus jeune âge. A mon avis, c’est un élément essentiel pourinciter les jeunes filles à continuer la compétition.Celles qui le souhaitent peuvent toujours fairele choix de jouer en mixte.

Nous proposons d’ouvrir la sélection des jeunes aux championnats internationaux sur un dépôt de dossier, qui sera évalué par une commission. Les filles auront donc la possibilité d’accéder à ces championnats dans la catégorie féminine en jouant le championnat de France mixte.

Par contre, nous sommes plutôt favorables à des championnats départementaux et régionaux mixtes. Ceci étant justifié par un plus faible nombre de participantes et à une différence de niveau moins importante à l’échelle des régions et départements. Mais, cette décision revient aux organes déconcentrés.

4) Concernant la formation diplômante.

Nous pensons que la complexité des diplômes de formation est un gros frein à ce que les femmes passent ce diplôme.

Nous constatons aussi que les clubs avec des entraîneurs femmes ont tendance à avoir un nombre plus important de féminines. Il est donc important de proposer une nouvelle mesure.

Le système de validation d’acquis permet de simplifier cette formation en proposant uneformule qui sera aussi plus adaptée à certains profils pouvant justifier d’une expérience. Par exemple : une ancienne joueuse d’équipe de France, qui souhaiterai devenir entraineur a forcément une expérience qui lui donnerait déjà un bon niveau pour enseigner le jeu d’échecs.

C’est le rôle de la fédération d’aider les joueuses de haut-niveau dans leur reconversion.

Evidemment, si un homme justifie aussi d’une expérience, il pourra bénéficier de ce système devalidation d’acquis.

5) Concernant la réforme des interclubs féminins.

La situation actuelle est :

  • la N1 féminine comporte seulement un week-end (joué au mois de mai) avec 3 parties.
  • la N2 féminine manque d’une véritable structure et a une formule très variable selon les régions.La première phase (pour celles qui en ont une) ne se joue qu’en février avec 3 parties maximum(souvent c’est 1 ou 2 parties). Je vous invite à aller consulter les résultats des années précédentes pour constater le manque total de lisibilité de la formule.

Cette compétition avec si peu de parties, commençant tard dans la saison n’est pas satisfaisante.

Nous souhaitons que la compétition commence plus tôt et comporte 5 à 7 parties. Cela est tout à fait compatible avec la possibilité de jouer en interclubs mixte.

La création d’équipes au-niveau départemental et régional a pour but d’aider les clubs, qui ont très peu de féminines. L’idée est de constituer des équipes de joueuses de différents clubs mais d’un même département et d’organiser des matchs inter-départementaux au sein d’une même région.

Ces 2 mesures complémentaires vont permettre de créer un esprit d’équipe qui vont motiver les joueuses à continuer la compétition.

6) Concernant le lien joueuse amatrice et joueuse de haut-niveau.

A l’heure actuelle les initiatives telles que simultanée, masterclass…. sont à la charge quasi totale des clubs, ligues organisateurs ou du secteur privé.

Nous souhaitons que la fédération organise 4 stages dans l’année pour les équipes de France (cela n’existe quasiment pas aujourd’hui) et dans le même lieu proposer des masterclass pour lesjoueu(euses)rs amateurs ou un événement qui rentre dans le cadre du programme Smart girls, ce qui permettrait d’avoir ce lieu d’échange.

Les contrats équipe de France n’ont pas à se limiter aux seules participations dans les championnats par équipes. On souhaiterait proposer aux joueurs d’inclure dans leur contratavec la fédération une ou plusieurs interventions dans les clubs et/ou écoles. Même des petits clubs pourront être soutenus par cette mesure.

Les joueu(rs)ses de haut-niveau, en partageant leur expérience pourrait aider à faire le lienscolaires-clubs.

J’espère , Sonia et Aude , que cette réponse sera de nature à répondre à vos légitimes interrogations.

Cordialement,

Sophie Milliet, Liste Unité FFE

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Une championne égale-t-elle un champion ?

Pourquoi l’immense majorité des joueuses participent-elles aux championnats féminins plutôt qu’aux championnats mixtes correspondants ? Il y a beaucoup de facteurs, et il serait difficile de tous les aborder dans un seul article. Je voudrais ici seulement parler de la tendance à vouloir attribuer la même valeur symbolique aux titres féminins qu’aux titres dits « mixtes ». Cela passe d’abord par le vocabulaire : un champion est un garçon qui remporte un championnat mixte. Une championne est spontanément interprétée comme étant une fille qui remporte un championnat féminin. « Championne » étant simplement le féminin de « champion », le terme devrait pourtant recouvrir exactement la même réalité, à savoir une fille remportant un championnat mixte. Mais pour cacher le fait qu’il y a actuellement moins de championnes que de champions, on préfère dévoyer ce titre que lutter contre la situation. A tel point qu’on a généralement recours pour les « vraies » championnes au qualificatif masculin « champion ». Une fille qui gagne cesserait-elle d’être une fille ?

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Les filles féminines seront-elles un jour des femmes et des joueuses ?

La Coupe d’Europe des clubs a eu lieu récemment. L’équipe féminine française a eu les honneurs du site internet de son club avec ce titre : « Coupe d’Europe Des Clubs Pour Les Filles du [nom du club].  » L’équipe en question était composée de quatre joueuses nées en 1988, 1991, 1994 et 1998, des jeunes femmes entre 19 et 29 ans, toutes majeures. Certaines payent sans doute leur loyer ou leurs impôts elles-mêmes, elles peuvent posséder un permis de conduire, elles ont le droit de vote.

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Mon expérience dans les compétitions féminines et pourquoi je n’aime que les Olympiades.

Je ne joue plus de compétitions féminines à l’exception des Olympiades quand j’ai la chance d’être sélectionnée en équipe de France.

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The Chess Game – Sofonisba Anguissola

Cette décision s’est faite en plusieurs étapes, disons petit à petit, et elle n’est pas toujours facile à respecter.

Je n’ai jamais aimé jouer contre mes amis, un peu comme tout le monde en réalité. Or, après plus de 20 ans à jouer aux échecs, je m’en suis fait quelques-uns dans le milieu. Dans les opens, le coup de malchance parfois, on tombe sur un pote, on fait nulle ou on fait avec, c’est désagréable mais c’est ponctuel.

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Parcours d’une joueuse d’échecs semi-professionnelle

Après mes études d’urbanisme, j’ai décidé de prendre un temps pour me consacrer exclusivement aux échecs. J’ai donc été semi-professionnelle voire professionnelle pendant presque deux ans. C’est pourquoi je voudrais retracer ici mon parcours et faire partager mon sentiment à propos de la mixité aux échecs.  

J’ai commencé les échecs à 6 ans ; c’est mon père qui m’a appris. J’ai d’abord regardé mon frère et mon père jouer ensemble avec une admiration sans borne. Puis ce fut à mon tour d’apprendre les règles. Peu de temps après mes parents m’inscrivaient dans le club d’échecs d’Ermont, la ville de mon enfance et de mon adolescence. Je me débrouillais franchement bien : après quelques mois d’échecs, j’ai fini 4ème dans un petit tournoi avec les enfants. Ce tournoi était mixte, comme tous les tournois du dimanche organisés pour les enfants. Je finissais très souvent aux places d’honneurs, plusieurs fois première, devant des garçons bien entendu et personne ne s’en étonnait. J’ai même gagné un tournoi en étant surclassée de deux catégories. Les gens venaient féliciter mes parents et quelques entraîneurs s’intéressaient même à moi. Tout commençait donc fort bien.

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