Parité, égalité, comptabilité : Episode I.

Un des buts affichés de l’association Echecs & Mixte ! est de proposer des mesures en faveur de la mixité aux échecs. Dans un précédent texte d’accueil, j’ai défini ce que pour moi le terme mixité signifiait dans le monde des échecs. Cette définition étant maintenant posée, ce texte est le premier d’une courte série visant à un instantané de la situation actuelle, afin de savoir d’où nous partons, puisque nous savons où nous allons. Cette tâche devra être répétée à intervalles réguliers, afin de juger de l’évolution, et ce suivi est également un des objectifs d’Echecs & Mixte ! Bien que l’association, ne reculant devant aucun sacrifice, ait une vision mondiale du problème, pour cette fois, nous nous limiterons à balayer devant notre porte, c’est-à-dire à examiner les chiffres de la seule FFE (1).

Il ne faut pas longtemps pour s’apercevoir que nous sommes loin du but de mixité : Pour la saison 2012/2013, la FFE comptait 63097 licenciés (A et B confondus), avec un désolant rapport H/F de 76/24%. Comme je suis d’humeur taquine ce soir, je vous propose d’abord deux techniques permettant en principe d’améliorer ce rapport de répartition mais qui doivent être rejetées pour d’évidentes raisons de bienséance : i) on interdit désormais aux hommes de s’inscrire à la FFE s’ils n’arrivent pas à convaincre au moins deux femmes de s’inscrire en même temps qu’eux ou bien ii) on résilie les licences d’hommes tirés au hasard tant que la parité 50/50 n’est pas établie. A choisir, je préfère tout de même la première méthode, qui s’accompagne d’une augmentation globale des licenciés. Aurélie Dacalor

Plus sérieusement, ces chiffres globaux de la FFE cachent une étonnante variété de situations qui doit sans doute permettre de dégager des règles semi-empiriques sur ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire en vue d’augmenter le rapport H/F parmi les joueurs d’échecs en France. Si l’on étudie les effectifs en distinguant les licences A des licences B, il est intéressant de constater que la disparité H/F se retrouve de façon aggravée pour les licences A seules (87/13) alors que les licences B présentent une disparité atténuée (68/32) même si elle reste encore significativement éloignée de l’idéal 50/50. Si l’on complète par l’analyse de l’augmentation du nombre d’adhérents sur la période 2008/2013, qui indique que la FFE a accueilli environ 9230 adhérents supplémentaires, répartis en 8400 licences B et à peine 830 licences A supplémentaires, on constate que l’augmentation des licences B se fait à ratio H/F quasi constant. Pour résumer, disons abruptement que bien le nombre total de licenciés augmente, le déséquilibre H/F se reproduit d’année en année. La politique globale de la FFE est donc efficace pour augmenter le nombre d’adhérents et les femmes sont sensibles à la possibilité d’acheter une licence B plutôt qu’une licence A mais, globalement, la FFE pêche à rendre les échecs plus attractifs aux F, alors que le réservoir potentiel de licenciées F est encore loin d’être exploré. En effet, à nombre de licenciés H constant, l’obtention de la parité H/F conduirait à une augmentation d’environ 32800 licenciées.

Cela dit, ces chiffres sont aussi le résultat des politiques des ligues et les questions qui se posent naturellement sont :

– L’augmentation du nombre d’adhérents est-elle le fait d’un petit nombre de ligues ou est-elle un phénomène global et homogène à la FFE ?

– La disparité H/F se retrouve-telle à peu près dans les mêmes proportions dans chaque ligue ? (avec son corollaire : Certaines ligues savent-elles attirer plus les F que les H ?)

En d’autres termes, les politiques ‘individuelles’ des ligues sont-elles le parfait reflet de la situation globale analysée précédemment ou bien certaines ligues se démarquent-elles ?

L’analyse des données pour les licences A+B met en évidence une situation très contrastée d’une ligue à une autre (2). Les résultats sont regroupés dans le tableau 1, avec le nombre total de licenciés en 2012/2013 et les données FFE globales, à titre de comparaison. Afin de mieux visualiser les disparités révélées par cette analyse, les chiffres  correspondant à des scores supérieurs ou égaux à la moyenne FFE (dans le sens d’une plus forte augmentation des licences, d’une meilleure approche de la parité H/F ou d’une augmentation plus forte de la proportion de femmes sur la période) sont indiqués en vert et en gras.

Tableau 1 : Licences A+B par ligue.

Ligue Δlicenciés (%) H%/F% (en 2012) ΔF% N2012
FFE +15 76/24 +1 63097
Alsace -9 83/17 -1 2591
Aquitaine +29 81/19 +2 2584
Basse-Normandie -6 77/23 -2 1420
Bourgogne +6 84/16 0 728
Bretagne +21 81/19 +2 2784
Centre +14 77/23 +5 1967
Champagne-Ardenne 0 81/19 +1 876
Corse +18 56/44 0 5817
Cote d’Azur -21 73/27 -1 3729
Dauphiné-Savoie +17 84/16 +2 1591
Franche-Comté +14 71/29 1 1513
Haute-Normandie +32 79/21 +6 1474
Ile de France +11 83/17 -2 10948
Languedoc-Roussillon +33 78/22 +2 2522
Lorraine +3 78/22 -1 2542
Lyonnais +1 76/24 +2 2759
Nord-Pas-de-Calais +3 84/16 -1 1611
Pays de Loire +15 77/23 0 3351
Picardie -5 76/24 +4 884
Poitou-Charentes +22 84/16 0 956
Provence +50 71/29 +10 3590
Pyrénées +33 83/17 +5 2066

 

Que vous soyez président de ligue ou simple joueur, j’espère que l’examen de ce tableau vous plonge dans un abime de perplexité fébrile et que vous brulez de lire la suite de mes cogitations, que je vous exposerai bientôt. En attendant, à vos claviers : tous vos commentaires sont les bienvenus, ainsi que vos suggestions : n’hésitez à faire part de vos réflexions à tous les visiteurs du site, en utilisant la fonction « Laisser un commentaire » disponible.

Isabelle Billard

(1): L’analyse présentée ici est directement issue des chiffres officiels obtenus via le site de la FFE et fournis ci-dessous, au format pdf.

Licences-A+B-ligues-2008-2013

Licences-A-ligues-2008-2012

(2): Les ligues ayant un nombre d’adhérents inférieur à 1% du total de la FFE n’ont pas été prises en compte.

Aurélie Dacalor 


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2 opinions sur “Parité, égalité, comptabilité : Episode I.

  1. Il serait utile de distinguer les enfants et les adultes dans le calcul des proportions de licences A et B suivant les ligues. Car je connais des grands clubs (en nombre de licenciés) qui ont beaucoup de licences B pour les enfants qui ne font que des parties rapides.