Les femmes et les enfants d’abord (!?)

Faisant suite au premier volet consacré à l’état des lieux de la diversité des adhérent(e)s de la FFE, et à la demande générale (plus exactement, de ceux qui se sont exprimés sur le site), voici le résultat de mes réflexions sur la population échiquéenne française, du moins celle qui possède une licence. Comme vous le laisse deviner le titre, je me suis particulièrement attachée à décortiquer les profils des jeunes et des féminines, en gardant à l’esprit qu’un adhérent de la FFE peut être les deux à la fois ou ne répondre à aucun de ces critères.

Les jeunes, par opposition aux autres

Tout d’abord, un peu de vocabulaire à usage interne : définissons ce que j’entends par « jeune » : je me conforme en la matière aux catégories d’âge telles que définies par la FFE, ce qui fait que les « jeunes », c’est-à-dire tous ceux qui ne sont pas « sénior » ou « vétérans », peuvent être légalement majeurs puisque être « jeune » dans cette définition, correspond à la tranche d’âge 0 à 20 ans. Par suite, quand on n’est plus « jeune », on est « adulte ». J’utiliserai aussi les termes de « petite fille » et de « petit garçon », et de « femmes » et « hommes », avec leur sens commun.

La FFE comptait, au 1er août 2014, 58491 licenciés répartis en 71% de jeunes et 29% d’adultes. Par ailleurs, 45 % des adhérents FFE avaient opté pour une licence A, qui autorise à jouer dans les tournois dits « lents » homologués FFE et FIDE, alors que les 55% restant ont préféré une licence B, qui ne le permet pas. Rappelons que le prix de la licence B est significativement plus faible que celui d’une licence A. Par conséquent le choix d’une licence A ou B ne reflète probablement pas uniquement un choix de style de jeu. Quoiqu’il en soit, je qualifierais les licenciés B d’amateurs, au sens noble du terme, c’est-à-dire qui aiment … jouer aux échecs et les licenciés A de compétiteurs.

Quand on est jeune, on choisit plutôt une licence B (67%), ou, plus exactement, les parents payent un peu plus volontiers une licence B à leurs enfants et quand on passe à l’âge adulte, avec la (relative) liberté économique et décisionnelle qui y est attachée, la tendance s’inverse : si l’on joue encore, de nouveau ou soudain aux échecs, on préfère assez nettement la licence A (76%). De ce fait, 87% des amateurs sont des jeunes, tandis que les compétiteurs s’équilibrent presque entre jeunes (51%) et adultes (49%) : étonnamment, à la FFE, il y a presque autant d’enfants de moins de 8 ans que d’adultes non vétérans.

voir le graphique:

 répartition vs âge

Pour résumer, la FFE compte beaucoup de jeunes dans ses rangs, ce qui est de bon augure pour l’avenir… à condition que ces jeunes joueurs ne se perdent pas en route. C’est justement là que le bât blesse : si l’on regarde la répartition par tranche d’âge de cette saison 2013/2014, on constate un trou béant pour les minimes, cadets et juniors, soit la tranche moins de 16 ans – jusqu’à 20 ans révolus : à l’adolescence, les jeunes n’ont pas très envie de jouer aux échecs et je me vois mal le leur reprocher. La remontée des adhésions au-delà de 20 ans ne doit pas faire illusion : être adulte vaut pour tout le reste de l’existence (de 20 à 90 ans ou plus), si bien qu’encore une fois, la FFE est composée d’un magnifique potentiel de très jeunes joueurs et de seulement quelques rescapés adultes.

Les femmes sont-elles des hommes comme les autres, comme le dessinait Wolinski ?

Wolinski

Si l’on considère le profil de répartition en fonction de l’âge, sans se préoccuper – pour l’instant – de la quantité, le comportement des femmes ne se distingue pas particulièrement de celui de la population échiquéenne prise dans son ensemble : beaucoup de petites filles de 8 ans et moins, quasiment plus aucune entre 16 et 20 ans, et une remontée d’adhésions à l’âge adulte. Toutefois, si l’on examine les chiffres, la différence saute aux yeux : outre le fait que les petites filles sont bien moins nombreuses que les petits garçons à jouer aux échecs, les femmes font plus fortement défection à l’âge adulte que les hommes, l’écart se creusant au fur et à mesure du temps : environ deux fois moins de petites poussines que de petits poussins, et à peu près 7,5 fois moins de femmes que d’hommes adultes.

voir le graphique:

répartition âge F

Comme je l’ai écrit dans ‘le mot de la présidente’ du 1er juin 2014, des chiffres naissent les idées. Je ne suis pas bornée au point d’ignorer que malheureusement, on fait assez facilement dire ce que l’on veut aux chiffres (« Ne faites jamais confiance à des statistiques que vous n’avez pas trafiquées vous-mêmes », me disait mon professeur de mathématiques, très pince-sans rire). Aussi, plutôt que de vous soumettre uniquement ma vision des choses telles que je la conçois suite à ces résultats, je vais vous proposer plusieurs lectures de ces données : ce sont des résumés à l’emporte-pièce, ils ne couvrent pas toute la gamme d’interprétations possibles mais certains auront, je l’espère, le mérite de vous faire sursauter, et par suite, je l’espère encore, réfléchir et enfin, sourire.

 

1)      La vision du trésorier de la FFE, très dépité :

Alors qu’il y a un potentiel énorme de prises de licences dans la population jeune et captive, la FFE décourage encore plus efficacement les filles que les garçons de jouer aux échecs passé l’âge de 8 ans et agit carrément comme un repoussoir pour les femmes. Ce n’est pas comme ça qu’on va remplir les caisses.

2)      L’opinion du fonctionnaire de l’INSEE, interloqué :

Lorsque Monsieur et Madame Toutlemonde ont une fille et un fils de moins de huit ans ayant tous les deux suivi une initiation aux échecs à l’école primaire, ils payent la licence B au garçon et tirent à pile ou face pour savoir si sa sœur l’accompagnera au club. Ça leur coute cher en déplacements et en garde d’enfant !

3)      La stratégie de la ménagère de moins (ou plus…) de cinquante ans, émoustillée :

Pour moi qui suis divorcée et en manque de distraction, mieux que Meetic ou un magazine de jeux cérébraux, la solution, c’est le club d’échecs près de chez moi !

4)      L’imagination du président de club ou de ligue, très concerné :

Il faut que je parle aux parents, qui planquent leur fille au club d’équitation de la commune. Il faut que je nomme au moins une femme au comité de direction, que je convainque les féminines de mon club de devenir arbitres et de donner des cours aux jeunes du club. Je pourrai aussi organiser des animations échiquo-sportives avec le club de foot et le club d’équitation, genre blitz/saut d’obstacle/tirs au but, histoire de varier les plaisirs et de faire se rencontrer des populations qui se mélangent peu et qui sait, augmenter les adhésions dans les trois clubs ? Je vais aller voir le corps enseignant de l’école primaire, ils s’y entendent, en mixité…

 

Isabelle Billard

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