Et maintenant,qu’est-ce qu’on fait ?

Gravure d'une boussole en noire et blanc, avec pour légende "Fig.21 - Boussole."

Au printemps dernier, les élections ont amené à la tête de la FFE une nouvelle équipe, celle de la liste menée par Éloi Relange, dont le programme est celui qui nous avait paru le plus sérieux et le plus développé concernant le secteur féminin. Nous félicitons bien sûr cette liste. Ce changement en a entrainé d’autres : plusieurs branches de la FFE ont renouvelé leur direction, la Direction Nationale des Échecs au Féminin (DNEF) a disparu, nous nous réjouissons de la création d’une « Commission Mixité », et enfin la commission Jeunes n’existe plus car les questions qui concernent les jeunes seront maintenant traitées « transversalement ». 

On ne s’en cachera pas, ces changements nous paraissent positifs, tant nous avons pu avoir le sentiment de ne pas avancer avec les personnes qui se trouvaient à la tête de la FFE ou de la DNEF par le passé : l’impression frustrante de faire du surplace, d’être ignoré, de devoir se placer en opposition alors qu’on voulait avant tout travailler de manière constructive. Rappelons par exemple l’affaire du plan de féminisation de la FFE : nous avons compris durant la campagne que ce plan était indispensable pour obtenir l’agrément sportif pour notre fédération… mais que sa réalisation l’était beaucoup moins… Ce pourquoi, alors qu’il avait été annoncé tambour battant, il n’a que très incomplètement été réalisé par l’équipe Kouatly.

Un sextant
Crédit photo : Rama, CC BY-SA 3.0 FR https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/fr/deed.en, via Wikimedia Commons

Une phase plus constructive ?

Nous espérons donc travailler de manière plus constructive avec la nouvelle équipe qui se trouve à la tête de la FFE. Certain-e-s membres d’É&M ont intégré des commissions fédérales. Il est assez normal qu’après des années à faire des propositions pas toujours entendues par notre fédération, il est temps pour elleux d’essayer concrètement et directement d’améliorer les choses.

Mais nous continueront, à Échecs & Mixte ! à nous exprimer sur ce site et à communiquer avec ceux qui dirigent la Fédération Française des Échecs pour faire des propositions, évaluer son action et, s’il le faut, dénoncer ce qui ne va pas[1]. Nous espérons néanmoins que nous entrons dans une phase plus constructive de notre action.

D’autres manières de militer

À Échecs & Mixte, nous devons aussi réfléchir à d’autres manières de militer. Nous allons par exemple essayer de mieux communiquer avec les Ligues pour voir les diverses manières d’arriver là à la mixité, notamment dans les championnats de Ligue Jeunes où les filles et les garçons joueront ensemble. Durant la campagne, Éloi Relange et son équipe avaient assuré qu’ils étaient pour la mixité aux championnats jeune, mais qu’il fallait d’abord, pour l’appliquer aux Championnats nationaux, que les Ligues décident elles-mêmes de l’appliquer dans les championnats régionaux. Sauf que ça simplifierait bien les choses que les championnats nationaux commencent par appliquer la mixité. Par exemple, actuellement, dans les ligues qui appliquent la mixité, on a des « doubles qualifiées », c’est à dire des compétitrices qui sont qualifiées à la fois en féminin et en mixte au terme du championnat régional. Il faut qu’elles fassent un choix, et ce choix peut être fait dans la semaine qui suit le championnat dans certaines ligues (ce qui arrive par exemple en IDF, où donc les filles et garçons moins bien classé-e-s attendent pour savoir si c’est une place en mixte ou en féminin qui va être libérée) ou, dans d’autres ligues, avant même de jouer, quand les joueuses ne sont pas encore conscientes de leur niveau. Cela crée des différences entre les Ligues pour la qualification des joueuses en mixte. 

C’est bien compliqué, non ? Alors que si les championnats de France Nationaux Jeunes étaient mixtes, chaque Ligue n’aurait qu’à envoyer un nombre déterminé de filles et de garçons, et il n’y aurait plus parmi les joueuses de « qualifiées mixte » et de « qualifiées féminines », juste des « qualifiées ». Filles et garçons joueraient ensemble avec à la fin un double classement, ce qui permettrait à certaines joueuses qui ont besoin de se sentir entourées de continuer à se retrouver « entre copines » aux championnats de France, et plus personne ne ferait pression sur les joueuses pour qu’elles aillent « chez les filles » parce qu’il y est plus facile de gagner des coupes, mais où leur résultats risquent de s’étioler dans un championnat moins sportif. 

Au XII siècle, on se représentait le monde comme sur cette carte établie par le géographe Al Idrissi. À Échecs & Mixte ! on espère qu’un jour la séparation entre filles et garçons dans les championnats jeunes ne sera plus, tout comme cette carte, qu’un témoignage du passé.

Voilà les perspectives vers lesquelles nous allons, perspectives dont nous pourrons discuter avec nos membres lors de notre prochaine Assemblée Générale. Nous serons par ailleurs toujours heureu-x-ses d’apporter notre expertise à tous ceux qui s’intéressent  aux femmes dans le domaine des échecs et de recueillir les témoignages de celles qui veulent nous faire partager leur expérience dans ce domaine.


[1] Nous pouvons en profiter, au passage, pour remarquer que l’équipe d’arbitrage pour le championnats de France Jeunes en octobre à Agen ne compte toujours que 30% de femmes arbitres. Même si la situation est assez compliquée pour cette édition, on peut peut-être se dire qu’il faut qu’à l’avenir la FFE et la DNA fassent de réels efforts pour arriver à des équipes mixtes.

Elections 2021 : formatrices, compétitions féminines, haut-niveau.

Suite et fin de notre dossier sur les propositions des candidats au Comité Directeur avec les propositions des différentes listes sur les possibilités de devenir formatrice aux échecs, les compétitions féminines, et le haut-niveau.

Formatrices : Unité, considérant que « les clubs avec des entraîneurs femmes ont tendance à avoir un nombre plus important de féminines », propose de faciliter la formation en passant par la validation des acquis par l’expérience. On nous donne l’exemple d’une joueuse de haut-niveau qui après sa carrière aurait certainement des aptitudes et une expérience pour devenir entraineure. Nous nous sommes étonné-e-s de cette proposition dans le cadre d’une féminisation de la FFE : d’abord parce qu’on ne sait pas quelle étude indique que les formatrices et entraineures permettent d’avoir plus de joueuses dans un club (mais on se le demandait déjà en 2019 et on n’a toujours pas la réponse). En outre, pourquoi faudrait-il des moyens d’accès à la formation différents pour les femmes ?
Sophie Milliet nous a répondu que la complexité des diplômes de formation est un frein à ce que les femmes passent ces diplômes, sans nous expliquer en quoi ça l’était plus pour elles que pour les hommes (peut-être parce que des mères de familles ont moins le temps de s’engager dans un stage de formation ? Mais alors ne faudrait-il pas trouver d’autres façons d’organiser les stages ?) De toute façon, les hommes aussi pourront bénéficier de ce parcours… Nous devons nous avouer assez dubitatives devant ces arguments. Nous craignons un diplôme au rabais pour les femmes, et surtout nous voyons mal en quoi cette mesure serait particulièrement incitatrice à une féminisation des clubs.

Chez Ouverture, on va plutôt vers une baisse des coûts des stages pour devenir formatrice, avec une politique tarifaire incitative ou un système « une place achetée une place offerte » pour les licenciées. Là encore on estime que « la mixité des enseignant·e·s produit des bénéfices considérables pour le développement de l’enfant et améliore la volonté de perfectionner son jeu pour de nombreuses femmes. » En outre Ouverture prévoit de créer un groupe de 100 professeures accompagné par la FFE pour leur parcours de formatrices. On n’a toujours pas de preuves que les formatrices permettent d’avoir plus de femmes en club, mais au moins on se dit qu’avec une meilleure politique tarifaire et un suivi, on peut avoir plus de femmes qui enseignent les échecs, et donc montrer dès l’initiation que les échecs sont un monde mixte.

Enfin, du côté d’Un temps d’avance, on compte « féminiser les équipes de formation »… Comment, à quel niveau ? On l’ignore.

Compétitions féminines : Unité propose de créer des interclubs féminins aux niveaux départemental et régional afin de « renforcer l’esprit d’équipe », tandis qu’Ouverture souhaite « favoriser une pratique « loisir » féminine par le renforcement de dispositifs de tournois féminins ». Ces deux mesures ne nous convainquent pas tout à fait. Tout d’abord parce qu’on a du mal, à Échecs et Mixte, à imaginer que la féminisation passe par le fait de garder les femmes dans une réserve naturelle avec d’autres animaux de leur espèce. On se demande par exemple l’intérêt qu’a la DNEF à promouvoir autant les tournois féminins sur internet où les joueuses n’ont même pas l’occasion de discuter vraiment ensemble (en dehors des chats, où l’échange d’expériences reste très limité).
Nous croyons vraiment en la mixité : la féminisation de la FFE passe par le fait que tous et toutes puissent se côtoyer en équipe et en tournois. Nous savons néanmoins que beaucoup de joueuses sont sensibles à l’aspect convivial des tournois et compétitions féminines. Des propositions comme celles de ces listes laissent donc l’association dubitative, surtout que pour organiser des compétitions et des tournois, il faut des week-ends qui ne soient pas déjà pris par d’autres événements, et il n’en reste pas tant que ça dans une année. Nous préférerions une politique ambitieuse axée sur l’idée de faire participer les femmes aux compétitions existantes – qui seront d’autant plus conviviales en devenant réellement mixtes.

Compétitions par équipes mixtes : seule la liste Ouverture nous a répondu sur notre proposition alternative à la règle dite de « la féminine obligatoire » qui consiste à avoir une proportion de joueuses qui jouent à leur niveau sur toute une saison. Ouverture nous répond que cette solution semble « envisageable à la condition qu’elle ne représente aucune complication pour les dirigeant⋅e⋅s ». Il y a une inquiétude liée au fait de savoir si des clubs ne vont pas faire jouer des joueuses « trop jeunes ou trop faibles » s’ils n’ont par exemple pas d’équipes dans une petite division. Mais nous répondons que ces joueuses ne joueraient au-dessus de sur niveau qu’une saison, les équipes pouvant passer dans la division inférieure l’année suivante. Nous espérons avoir montré, lors de nos échanges avec Éloi Relange, que cette proposition alternative est réellement envisageable.

Le haut-niveau : la liste Un temps d’avance compte « atteindre l’égalité de traitement femme / homme dans l’attribution des prix et cachets ». Comme souvent avec cette liste, la proposition n’est ni détaillée ni expliquée (sentirait-on une certaine exaspération de notre part avec les propositions souvent floues de cette liste ?) On imagine donc qu’il s’agit des prix dans les championnats de France et les tournois organisés par la FFE. Une question se pose alors : Pourquoi ne pas l’avoir fait avant ? Cette proposition ne semble pas si difficile à mettre en œuvre, pourquoi l’équipe en place, qui se retrouve majoritairement sur la liste Un temps d’avance, n’a-t-elle pas commencé à la mettre en place avant ?
Chez Unité, à notre proposition de mieux doter les tournois fermés à possibilité de normes qui intègrent des joueuses, la réponse est « oui, oui, ne vous inquiétez pas » en s’appuyant sur l’expérience de Joël Gautier, tête de liste, dans l’organisation de tournois. Or nous ne demandons pas une action ponctuelle, mais s’inscrivant dans la durée. La réponse d’Ouverture nous rassure plus : « actuellement, la fédération verse déjà une aide financière aux tournois à normes. Nous sommes favorables à la mise en place d’un système de bonification de cette aide afin d’encourager la participation de joueuses. » Cette liste réfléchit aussi, comme nous l’avions proposé, à trouver une solution pour que les meilleures joueuses puissent participer au tournoi Accession au Championnat de France, tout en cherchant à « garder un National féminin attractif. »

En conclusion, globalement, sur ces sujets, on sent les propositions un peu disparates. Si celles de Un temps d’avance sont, comme souvent, insuffisamment développées pour emporter notre soutien, celles des deux autres listes montrent qu’il faudra encore réfléchir pour améliorer les interclubs ou sécuriser les parcours des meilleures joueuses. Nous espérons dans tous les cas que la liste qui sera majoritaire aux élections sera prête à continuer cette réflexion et à trouver des solutions concrètes aux questions abordées dans ce dossier. Nous devons souligner que si Unité nous semble avoir entamé sa réflexion mais que ses propositions paraissent encore un peu improvisées (peut-être parce que c’est la liste qui s’est déclarée le plus tard), Ouverture montre un vrai travail sur ces sujets, avec une vision d’ensemble concernant les femmes aux échecs. Nous serons dans tous les cas prêt-e-s à travailler avec tou-te-s celleux qui seront élu-e-s, en espérant que nous pourrons dialoguer avec les prochains responsables de la FFE et être entendu-e-s.

Pour revenir au sommaire de notre dossier sur les élections de 2021 au Comité Directeur de la FFE, il suffit de cliquer ici.

Dossier : Élections au comité directeur de la FFE, ce qu’on nous propose pour le secteur féminin

Nous avons lu les programmes des trois listes aux prochaines élections de la FFE, nous leur avons écrit, nous avons lu leurs réponses et nous avons aussi dialogué directement avec les candidats lorsque c’était possible.

Nous mettons sur cette page les liens utiles pour ces élections qui auront lieu le 3 avril, ainsi que les liens vers nos textes sur les programmes des trois listes.

Voici donc nos analyses des propositions des candidats :


Cette page sera mise à jour régulièrement pour y ajouter les nouvelles analyses que nous publierons, et éventuellement des liens utiles.



Les trois listes en présence sont, dans l’ordre alphabétique :

  • La liste Ouverture, menée par Éloi Relange. Son programme pour le secteur féminin est en lien sur cette page et sa réponse à notre lettre aux candidats sur celle-ci.
  • La liste Unité, menée par Joël Gautier. Son programme pour le secteur féminin est indiqué dans la page Promotion fédérale de son site. L’échange que nous avons eu avec Sophie Milliet, en deuxième position sur cette liste, est sur cette page du nôtre.
  • Le programme de la liste Un temps d’avance, menée par le président sortant de la FFE, Bachar Kouatly, est lisible ici. Nous n’avons pas reçu de réponse suffisamment détaillée à notre lettre pour qu’elle mérite d’être publiée.

Un dossier préparé par Sonia Bogdanovsky avec l’aide d’Isabelle Billard, Sophie Lasne et Aude Soubrier.

Elections 2021 : la mixité aux championnats jeunes


La mixité aux championnats jeunes est une de nos demandes principales et la plus ancienne. Nous sommes persuadé-e-s, depuis longtemps, que pour que les jeunes joueuses s’améliorent, mais aussi pour que tous les joueurs considèrent la mixité comme une évidence, il faut que filles et garçons jouent ensemble aux championnats départementaux, régionaux et nationaux. Cela en établissant deux classements, un féminin et un mixte, pour éviter la disparition des joueuses à partir d’un certain niveau de qualification. Disparition qui serait la conséquence du faible nombre de joueuses : il y a actuellement moins de très bonnes jeunes joueuses que de très bons jeunes joueurs.

Concernant les championnats qualificatifs départementaux et régionaux, les listes Unité et Ouverture se prononcent pour, à condition que les organes déconcentrés (c’est à dire les comités départementaux et les ligues qui organisent ces championnats) souhaitent le faire. À noter que la liste Unité nous dit qu’elle trouve cela justifié car à ces niveaux filles et garçons ont des Elo qui ne sont pas si inégaux, tandis qu’Ouverture considère « avoir le devoir de les convaincre que la mixité des qualifications départementales et régionales représente une réelle opportunité pour nos joueuses ». Ce qui est important : si on n’incite pas les organes déconcentrés à le faire, en leur montrant que rien ne va s’écrouler en faisant le choix de la mixité, ils ne le feront pas. Rappelons que plusieurs ligues font déjà jouer filles et garçons ensemble, dont l’Île de France, l’une des ligues les plus importantes en nombre de licencié.e.s. La liste Ouverture propose de débuter par les petites catégories (U8 et U10), puis de passer progressivement aux autres. Les joueuses pourront concourir simultanément pour une qualification en mixte et en féminin, ce qui est très important car actuellement certaines Ligues leur demandent de choisir avant la première ronde le tournoi auquel elles veulent se qualifier. Or c’est pendant les qualifications  que les joueuses peuvent se rendre compte que jouer « contre les garçons » est à leur portée.

Pour les championnats nationaux, nous constatons une vraie différence de point de vue entre Unité et Ouverture. Sophie Milliet, numéro 2 d’Unité, considère qu’il est plus motivant pour les filles de jouer en catégorie féminine, pour se fixer des objectifs « atteignables » et de laisser celles qui le veulent jouer en mixte.
Le problème que pointait du doigt sur notre site Mathilde Choisy en 2015  c’est que laisser les filles jouer entre elles leur offre des tournois moins sportifs et ne les incite pas à progresser autant qu’elles le pourraient, sans même qu’elles s’en aperçoivent : 

« Quand on est enfant, on rêve d’avion, de voyage, d’équipe de France et puis « Europe » et « Monde », ça sonne tellement bien ! Avec le recul, mes ambitions étaient bien ridicules. Mais quand on est gamine, la simple idée d’être privée de cette récompense parce qu’on s’engage dans un championnat plus fort est rédhibitoire. On ne s’imagine pas une seconde que le fossé va se creuser jusqu’à devenir un gouffre et on se réveille à 20 ou 25 ans en se disant juste « Merde ». »


Pour pallier ce problème, Unité propose néanmoins la possibilité de pouvoir être sélectionnée en équipe de France, pour les jeunes joueuses du national mixte jeune, sur dossier. Ce qui peut être une solution, mais qui existe en partie déjà (le Pôle Espoir de la FFE peut sélectionner aux championnats d’Europe et du monde des joueurs et joueuses qui n’ont pas terminé premier.ère.s de leur championnat, mais sans les financer autant que les champions de France). Ce qui  manque dans cette proposition d’Unité, c’est la part d’incitation, indispensable à nos yeux. Les jeunes joueuses auront-elles envie de faire ce parcours ? Qui le leur conseillera ? Les clubs se sentent valorisés par des titres de championnes (et peuvent recevoir pour cela de meilleures subventions), tout comme certains parents. Les filles risquent donc d’être poussées par leur entourage à jouer en catégorie féminine, pour avoir l’assurance d’un titre. Et on se retrouvera face au même problème : des filles qui croient que le mixte, c’est « chez les garçons », que « c’est plus dur » et qu’elles n’ont rien à y faire. Et des garçons qui considèrent que les filles sont nécessairement plus faibles, puisqu’on leur réserve des tournois où elles sont entre elles. Plusieurs jeunes joueuses ont rapporté que les filles jouant en catégorie mixte étaient moquées par les garçons et « attendues au tournant » en cas de mauvaise performance.

Unité estime aussi que « la suppression de toutes les compétitions féminines n’ayant en aucun cas démontré auprès de nos voisins son efficacité pour accroître le nombre de joueuses, il convient d’avoir une approche pragmatique et apporter avec les organes déconcentrés des engagements concrets. » C’est aussi ce que nous a fait remarquer la liste Ouverture : la peur que des championnats uniquement mixtes fasse baisser le nombre de joueuses comme cela a pu arriver à l’étranger. En d’autres termes, on nous dit qu’en faisant jouer les filles dans des championnats plus sportifs, elles décident d’arrêter de jouer. Ce qui est peut-être vrai. Mais alors, pour contrer ce problème, il faut trouver des moyens de faire que les filles se sentent à l’aise dans un championnat mixte. Rappelons-le, ce n’est pas aux filles de s’excuser d’être mal accueillies par certains garçons ! Il faut qu’elles puissent trouver en mixte la convivialité qu’elles ressentent dans un championnat féminin. Il y a certainement des solutions à trouver de ce côté-là.

Le programme d’Ouverture indique qu’il faut d’abord que les championnats de Ligue soient mixtes pour que les Championnats Nationaux le deviennent, et qu’une évaluation de la situation sera faite à mi-mandat. Ici, on a la sensation d’un serpent qui se mord la queue : les championnats nationaux deviendront mixtes quand les régionaux seront mixtes… alors que des championnats de France qui restent séparés entre le mixte et le féminin n’inciteront pas les ligues à faire jouer tout le monde ensemble. Dans une discussion de vive voix avec Eloi Relange, suivie d’échanges par mails, nous espérons l’avoir convaincu qu’il est possible de passer directement à la mixité totale aux championnats de France Jeunes. Nous l’avons senti réceptif à nos arguments, notamment sur les questions pratiques. Nous espérons donc pouvoir arriver à la mixité aux championnats nationaux dans de bonnes conditions pour tous et toutes dans un avenir proche si cette liste est élue. 

Nous n’indiquons pas de réponse de la part de la liste Un temps d’avance, car nous n’avons pas reçu de réponse sur cette question. Cette absence de réponse et le fait que Bachar Kouatly, à la tête de la FFE depuis 2016, n’ait jamais cherché à rendre mixtes les championnats de France jeunes nous semblent néanmoins une bonne indication de ce que cette liste compte ne pas faire sur ce point.

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Elections 2021 : propositions des listes pour féminiser les clubs

La FFE compte moins de 20% de licenciées. Il faut que ce taux augmente. D’une part parce que gagner des adhésions féminines, c’est gagner des licences : la marge de progression des adhésions féminines est réelle, comme l’a montré l’engouement autour de la série Le Jeu de la Dame. Pour que cet intérêt ne soit pas qu’un feu de paille, il faut que les joueuses se sentent bien en club. Dans un milieu à 80% masculin, certains hommes peuvent se permettre des blagues lourdes, des attitudes désagréables, ou tout simplement mal considérer les joueuses et leur donner envie de fuir clubs et tournois. Un meilleur taux de féminisation permettrait sans doute de réduire ces problèmes. Voici notre analyse de ce que proposent les candidats à la présidence de la FFE pour cela.

Le plan de féminisation
Vous souvenez-vous  du plan de féminisation de la FFE de 2019 ? Il nous avait enthousiasmé-e-s (lire ici et ) avant que nous soyons très énervé-e-s par le non-respect de sa promesse d’atteindre la parité dans les équipes d’arbitrage aux championnats de France. Si Laurent Freyd a finalement rempli cet engagement pour les championnats de France 2020 (annulés depuis) d’autres promesses n’ont pas été tenues par l’équipe actuellement en place : qu’a-t-on fait pour « éradiquer les attitudes sexistes » ? Le séminaire « exposant la réalité de la vie de président.e de club » a-t-il eu lieu ? Y a-t-il plus de formatrices et d’arbitres femmes ? La FFE devait par exemple « créer une politique tarifaire favorisante lorsque les stages d’arbitrage sont mixtes », pourquoi cela n’a-t-il  pas été fait ? (Rappelons que le plan de féminisation date du printemps 2019, soit un peu moins d’un an avant le premier confinement, il y avait largement le temps d’adapter la politique tarifaire pour les stages qui ont eu lieu après.)

Globalement, ce plan enthousiasmant a donc très imparfaitement été mis en oeuvre et est un échec pour ce qui est des objectifs chiffrés. Que va-t-il devenir avec les listes actuellement candidates à l’élection du mois prochain ?

On constate que l’équipe en place, qui porte la liste Un temps d’avance, est fière d’intégrer ce plan dans son bilan. Durant la soirée de présentation de sa liste où il parlait « féminisation », Bachar Koutly a répété plusieurs fois « nous avons fait le plan de féminisation ». Pourquoi se vanter d’avoir fait un plan que l’on a si peu appliqué ? Tout simplement parce qu’un plan de féminisation est une obligation du code du sport qu’il fallait remplir pour garder l’agrément du Ministère de la Jeunesse et des Sports. Il était nécessaire d’avoir un plan, sa réalisation était secondaire. 
On est alors en droit de douter de la réalisation des nouvelles promesses de féminisation de la liste Un temps d’avance, surtout qu’elles ne sont pas accompagnées des moyens de leur mise en œuvre. Cette liste nous promet par exemple de nouveau de féminiser le corps arbitral, mais ne nous dit pas comment il compte faire. Tout comme elle vise 25% de licenciées à l’horizon 2024, sans vraiment s’en donner les moyens. La liste recycle aussi des promesses du plan de féminisation qui n’ont pu être appliquées pour cause de crise sanitaire : le programme « parraine ta copine » qu’on nous promet en juin prochain était par exemple déjà prévu pour mars 2020.

De la part d’Ouverture, nous avons eu des réponses très détaillées sur tous les aspects du plan de féminisation. Cette liste compte par exemple garder le label club féminin en le faisant évoluer vers un label mixité, et propose également que  la semaine des échecs au féminin devienne plus axée sur la mixité. Cela nous semble intéressant car nous avions été choqué.e.s de l’aspect « Maman va au salon de thé » du label club féminin.

Du côté d’Unité nous n’avons pas eu de réponse directe sur le plan de féminisation, mais uniquement sur certains aspects que nous allons détailler ci-après.

Que proposent les listes pour recruter plus de licenciées et faire en sorte qu’elles restent dans les clubs ?

Dans la vie des clubs : À Un temps d’avance, on compte « créer un dossier thématique sur « Comment développer les Échecs au féminin » : plan de communication, guide d’accueil, mécénat, parrainage, etc. » tandis que chez Unité on veut « sensibiliser et soutenir les clubs en leur fournissant des supports pédagogiques pour la rédaction d’un plan de féminisation qui a pu réussir dans d’autres clubs ». Cela nous semble une bonne idée, à  condition  de  mettre  les  moyens  de  le  faire sérieusement. C’est à dire commencer d’abord par un travail approfondi d’étude et de récolte des différentes pratiques des clubs sur ce sujet, puis d’évaluation de ces pratiques. 
Comme pour le plan de féminisation de la FFE, rappelons qu’un plan c’est très bien, mais qu’il ne sert à rien s’il n’est pas mis en œuvre. Il faudra donc, si ces listes arrivent à la tête de la Fédération, qu’elles sachent motiver les clubs, notamment en leur rappelant que les nouvelles joueuses ne seront pas seulement « des féminines », cet animal étrange qu’on croise parfois, mais des membres à part entière d’un club, et qui sont là pour participer à son présent et à son avenir.

Chez Ouverture, on propose d’aider les clubs grâce à la mise en place d’une plateforme « pour mieux  comprendre les subventions possibles pour le développement de la pratique sportive féminine, et en bénéficier ». Il est clair qu’il est important de faire comprendre à certains clubs que les joueuses sont aussi un moyen d’avoir des subventions, ce qui signifie qu’elles ne sont ni une charge ni une obligation mais bien une chance pour eux.

Du réseau et des formation pour que les femmes accèdent à des fonctions de dirigeantes : Un temps d’avance propose d’étendre Le Club des dirigeantes « à l’ensemble des dirigeantes de France (clubs, CDJE, ligues, commissions). » Mais qu’est-ce donc que le club des dirigeantes ? Il s’agit d’un réseau qui a été créé en novembre dernier et qui, pour l’instant, ne regroupe que les directrices régionales des échecs au féminin et des membres de la Direction Nationale des Échecs au féminin. C’est surement très bien que ces directrices puissent échanger leurs expériences, même si on peut au passage se demander pourquoi les responsables des échecs au féminin devraient toujours être des femmes (tout comme les autres postes régionaux n’ont rien de spécifiquement masculin). Ce club serait donc étendu à toutes les femmes qui ont des responsabilités en tant que dirigeantes club, de comité départemental, de ligues ou de commission. 
C’est un sujet sur lequel nous sommes partagé-e-s à Échecs et Mixte. Ne s’agirait-il que d’une usine à gaz sans intérêt ? Est-ce uniquement de l’entre-soi ? À quoi ça cela servira-t-il ? Cela peut-il aider les présidentes de club d’échanger sur des problèmes qu’elles vivent, de se rendre compte par exemple que certaines attitudes machistes qu’elles constatent n’existent pas que dans leur propre club, pour trouver ensemble comment les contrer ? Ce qui est certain est qu’un tel club de dirigeantes ne peut fonctionner que s’il se réunit régulièrement, notamment en présentiel, qu’il est animé par des personnes conscientes des problèmes réels, et qu’il n’est pas qu’une noix creuse qu’on annonce sur le site FFE puis qu’on oublie.

Dans les propositions de la liste Ouverture, on trouve aussi un club des 100 dirigeantes, mais cette fois non-réservé à celles qui dirigent déjà. Il s’agit plus, quand on regarde dans le détail, d’une formation à l’usage des présidentes ou futures présidentes de club, aussi bien pour apprendre à s’affirmer qu’à gérer un club. Cette proposition semble très intéressante, elle demandera un véritable engagement de la part de la FFE, elle n’est pas simple à mettre en œuvre, mais elle peut donner des résultats très positifs.

Des formations contre le sexisme : le plan de féminisation présenté au printemps 2019 annonçait la « création d’un module de formation pour sensibiliser les initiateurs et formateurs », avec notamment la « mise en place d’une formation à la gestion du jeune public féminin en direction des dirigeants et des éducateurs (accueil des femmes) incluant une campagne visant à repérer et éradiquer les attitudes sexistes (déconstruction des stéréotypes sexués des encadrants, agressions verbales, etc.). » On peut douter que cela ait été réalisé quand on constate que les descriptifs des stages de formation pour les initiateurs (DIFFE) et les animateurs (DAFFE) datent tous de novembre 2014 et ne mentionnent nullement une quelconque lutte contre le sexisme. Un temps d’avance, liste menée par l’équipe en place – si fière d’avoir rédigé ce plan – ne parle d’ailleurs pas dans son programme de violences sexistes ou de stéréotype de genre. Il traite de la lutte contre « toutes les formes de violence » mais quand on regarde dans le détail on voit que cela concerne surtout les violences contre les enfants et la pédophilie. C’est totalement nécessaire, mais nous nous inquiètons que les violences envers les femmes, notamment verbales, les stéréotypes de genre (combien de fois a-t-on entendu « c’est des histoires de nanas » à propos d’un problème entre deux joueuses ?) ne fassent pas l’objet de formation pour savoir les repérer et les contrer. 

Les deux autres listes proposent au contraire de travailler sur ce sujet précis. Ouverture propose un programme détaillé qui va de la sensibilisation des diplomé-e-s de la FFE (sans doute les formateurs-trices et les arbitres) à la lutte contre les stéréotypes de genre, en passant par la promotion de la mixité notamment en créant des « référents mixité » pour chaque ligue, et par la sensibilisation et l’échange d’expériences lors des championnats de France Jeunes. Du côté d’Unité, on prévoit de « former les présidents et les animateurs aux questions d’égalité et de respect dans l’enseignement du jeu d’échecs pour faire cesser certains comportements misogynes. » C’est aussi positif, mais nous nous demandons comment inciter les présidents de clubs à suivre des formations, alors que leur charge est déjà lourde. S’il s’agit de formations optionnelles, on peut douter que ceux qui les suivront soient ceux qui en ont le plus besoin, car personne ne se sent jamais sexiste. Nous aimerions aussi savoir qui donnera ces formations : la FFE elle-même ? Un partenaire externe ? Ouverture a pris pour partenaire Egal’Sport, un collectif spécialisé dans l’égalité femmes / hommes dans le sport ; nous espérons que si Unité est la liste majoritaire, elle s’inspirera de cette idée pour travailler avec ceux qui ont de l’expérience dans le domaine des formations contre le sexisme. Nous sommes dans tous les cas heureuses et heureux que ces deux listes fassent figurer cette question dans leur programme car la question du sexisme dans les clubs ou en tournoi est extrêmement importante pour le bien-être des joueuses et des joueurs.

Des mesures pour fidéliser les jeunes : nous avons remarqué dans les programmes deux mesures pour garder les adolescent-e-s en club lorsqu’ils et elles grandissent. Ce ne sont pas des mesures spécifiques en faveur des jeunes filles, mais comme nous savons que la désaffection des joueuses est particulièrement forte à cet âge, il est intéressant de les noter. Un temps d’avance propose en effet de responsabiliser les jeunes à l’adolescence pour leur donner envie de rester au club, aussi bien en leur faisant faire de l’arbitrage qu’en leur donnant des responsabilité associatives. Du côté d’Unité, on souhaite motiver les jeunes joueurs avec un système d’objectif par paliers (par exemple viser à se qualifier aux championnats de France, puis à être dans les 10 premiers, puis… etc.) Pourquoi pas ? Nous ne savons pas si ça marchera, mais c’est sans doute à tenter. On peut en tout cas se réjouir que ces listes recherchent des solutions pour cette classe d’âge.

Smart Girls : sur le programme Smart Girls, tout le monde est d’accord. Rien ne fait autant l’unanimité entre les listes. Si Unité compte y ajouter des masterclass de grandes joueuses ou si Ouverture compte y créer des équipes et y récompenser des jeunes joueuses, les trois listes souhaitent le poursuivre. À se demander pourquoi on n’a pas l’idée de nouveaux programmes de ce type, où on enverrait les clubs chercher de nouvelles adhérentes. (On rappelle au passage que pour que ces nouvelles adhérentes restent, il faut, comme toujours, que les clubs sachent leur en donner envie). On peut juste regretter que la gratuité de la licence la première année pour les participantes à Smart Girls ait été abandonnée et que personne n’envisage d’y revenir.

Voici donc notre analyse des propositions des trois listes sur la féminisation en clubs. Globalement, la liste Un temps d’avance nous semble proposer peu de réelles nouveautés, recyclant surtout les propositions précédentes du plan de féminisation. Unité a des propositions intéressantes, mais on sent surtout une vraie réflexion sur la mixité et le travail pour sortir des stéréotypes de genre de la part d’Ouverture.

Pour revenir au sommaire de notre dossier sur les élections de 2021 au Comité Directeur de la FFE, il suffit de cliquer ici.

La réponse à notre lettre de la liste Unité

Après notre lettre aux candidats au Comité Directeur de la FFE, nous avons reçu le programme pour le secteur féminin de cette liste. Nous publions ici la réponse que nous a envoyée Sophie Milliet, la numéro 2 de cette liste, à l’intérieur de notre dossier sur les élections 2021.



Le 10 février 2021

Chères Aude et Sonia,

J’espère que je pourrai vous apporter quelques éléments de réponses par rapport à vos interrogations concernant notre programme pour lequel je me suis investie pleinement et je tiensà vous répondre point par point.

1) Concernant le programme de formation global.

Un très grand nombre de clubs sont confrontés au problème des jeunes filles qui arrêtent versl’âge de 12/13 ans. Une technique de motivation, couramment utilisée dans le domaine du sport, est de se fixer des objectifs par pallier (par exemple: top10 aux championnats de France jeunes,podium, titre dans les compétitions individuelles et par équipes, classement élos). C’est cette méthode qui m’a permis d’avoir mon parcours.

Le livret de compétence avec test de niveau, le programme de formation fédéral avec les masterclass dans les clubs sont de nature à permettre aux enfants d’évoluer dans leursprogressions. La fédération va s’occuper de proposer une formation globale incluant toutes lesquestions évoquées en distanciel avec la direction des jeunes et du numérique.

La formation est le moyen que la fédération et les clubs peuvent donner à ces jeunes pour atteindre leurs objectifs (sans entraînements, pas de résultat) C’est donc un élément très important dans le programme de féminisation.

2) Sur l’organisation de tournois à normes

Concernant les tournois à normes que Joël à organisé déjà (le dernier en date je devais jouer à Chalons-en-Champagne) et qui se ferait sous l’égide de la FFE , bien entendu qu’il s’agit d’intégrer aussi bien des joueurs que des joueuses qui aspirent à réaliser des normes. Je crois d’ailleurs savoir que Joël a toujours proposé à des fortes joueuses de participer à ses tournois.

3) Sur les championnats de France jeunes

Par mon expérience personnelle avec les championnats jeunes, je suis convaincue qu’il est très important de garder les tournois féminins et mixtes. C’est la position de la liste Unité.

La participation à un championnat de France jeunes est une source de motivation. Jouer dans lacatégorie féminine permet de se fixer des objectifs atteignables pour les joueuses qui nedominent pas leur catégorie dès le plus jeune âge. A mon avis, c’est un élément essentiel pourinciter les jeunes filles à continuer la compétition.Celles qui le souhaitent peuvent toujours fairele choix de jouer en mixte.

Nous proposons d’ouvrir la sélection des jeunes aux championnats internationaux sur un dépôt de dossier, qui sera évalué par une commission. Les filles auront donc la possibilité d’accéder à ces championnats dans la catégorie féminine en jouant le championnat de France mixte.

Par contre, nous sommes plutôt favorables à des championnats départementaux et régionaux mixtes. Ceci étant justifié par un plus faible nombre de participantes et à une différence de niveau moins importante à l’échelle des régions et départements. Mais, cette décision revient aux organes déconcentrés.

4) Concernant la formation diplômante.

Nous pensons que la complexité des diplômes de formation est un gros frein à ce que les femmes passent ce diplôme.

Nous constatons aussi que les clubs avec des entraîneurs femmes ont tendance à avoir un nombre plus important de féminines. Il est donc important de proposer une nouvelle mesure.

Le système de validation d’acquis permet de simplifier cette formation en proposant uneformule qui sera aussi plus adaptée à certains profils pouvant justifier d’une expérience. Par exemple : une ancienne joueuse d’équipe de France, qui souhaiterai devenir entraineur a forcément une expérience qui lui donnerait déjà un bon niveau pour enseigner le jeu d’échecs.

C’est le rôle de la fédération d’aider les joueuses de haut-niveau dans leur reconversion.

Evidemment, si un homme justifie aussi d’une expérience, il pourra bénéficier de ce système devalidation d’acquis.

5) Concernant la réforme des interclubs féminins.

La situation actuelle est :

  • la N1 féminine comporte seulement un week-end (joué au mois de mai) avec 3 parties.
  • la N2 féminine manque d’une véritable structure et a une formule très variable selon les régions.La première phase (pour celles qui en ont une) ne se joue qu’en février avec 3 parties maximum(souvent c’est 1 ou 2 parties). Je vous invite à aller consulter les résultats des années précédentes pour constater le manque total de lisibilité de la formule.

Cette compétition avec si peu de parties, commençant tard dans la saison n’est pas satisfaisante.

Nous souhaitons que la compétition commence plus tôt et comporte 5 à 7 parties. Cela est tout à fait compatible avec la possibilité de jouer en interclubs mixte.

La création d’équipes au-niveau départemental et régional a pour but d’aider les clubs, qui ont très peu de féminines. L’idée est de constituer des équipes de joueuses de différents clubs mais d’un même département et d’organiser des matchs inter-départementaux au sein d’une même région.

Ces 2 mesures complémentaires vont permettre de créer un esprit d’équipe qui vont motiver les joueuses à continuer la compétition.

6) Concernant le lien joueuse amatrice et joueuse de haut-niveau.

A l’heure actuelle les initiatives telles que simultanée, masterclass…. sont à la charge quasi totale des clubs, ligues organisateurs ou du secteur privé.

Nous souhaitons que la fédération organise 4 stages dans l’année pour les équipes de France (cela n’existe quasiment pas aujourd’hui) et dans le même lieu proposer des masterclass pour lesjoueu(euses)rs amateurs ou un événement qui rentre dans le cadre du programme Smart girls, ce qui permettrait d’avoir ce lieu d’échange.

Les contrats équipe de France n’ont pas à se limiter aux seules participations dans les championnats par équipes. On souhaiterait proposer aux joueurs d’inclure dans leur contratavec la fédération une ou plusieurs interventions dans les clubs et/ou écoles. Même des petits clubs pourront être soutenus par cette mesure.

Les joueu(rs)ses de haut-niveau, en partageant leur expérience pourrait aider à faire le lienscolaires-clubs.

J’espère , Sonia et Aude , que cette réponse sera de nature à répondre à vos légitimes interrogations.

Cordialement,

Sophie Milliet, Liste Unité FFE

Pour revenir au sommaire de notre dossier sur les élections de 2021 au Comité Directeur de la FFE, il suffit de cliquer ici.

Lettre aux candidats au Comité Directeur de la FFE

Le 13 janvier 2021,

Nous avons écrit aux candidats au Comité Directeur de la FFE (la liste menée par Bachar Kouatly, la liste «  Unité  » menée par Joël Gautier et la liste « Ouverture  » d’Éloi Relange) pour connaître leurs propositions pour le secteur féminin et leur donner les nôtres. Nous publierons leurs réponses lorsqu’elles qu’elles nous arriveront.

Chers candidats au Comité Directeur de la FFE,

Je vous écris en tant que présidente de l’association Échecs et Mixte ! Maintenant qu’après un loooooong feuilleton l’élection au Comité Directeur de la FFE semble définitivement fixée au 3 avril 2021, notre association aimerait connaître vos programmes respectifs en ce qui concerne le secteur féminin. J’imagine qu’après les différents reports de date, les listes menées par Bachar Kouatly et Éloi Relange ont pu élaborer un programme, celle de Joël Gautier sans doute aussi, mais, à l’heure où j’écris, je ne trouve sur aucun de vos sites internet (quand ils existent) vos projets pour ce secteur.  

Quels sont vos projets pour le secteur féminin ?

Je ne doute pas que la féminisation des échecs vous tient à cœur  : les effectifs de la FFE ont besoin de se féminiser, cela afin que plus de femmes puissent découvrir le monde des échecs, que les joueuses puissent se sentir bien dans cette fédération, et qu’elles puissent développer au mieux leurs capacités. À Échecs et Mixte  ! nous sommes persuadé-e-s que vous voulez tous que les échecs cessent d’être un bastion masculin pour devenir un univers mixte où les femmes et les hommes seront à l’aise. Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est de connaître vos projets concrets pour ce secteur, et même  – pourquoi pas  ? – de lire des engagements chiffrés. Nous aimerions aussi savoir ce que vous comptez faire des projets qui existent déjà, et nous vous proposons aussi des mesures qui, nous le pensons, peuvent améliorer la mixité de notre sport. 

Comptez-vous appliquer le plan de féminisation actuel de la FFE ?

J’utilise à dessein l’expression «  secteur féminin  ». En effet, autant je suis contre le ridicule substantif «  féminine  » qui doit tout simplement être remplacé par «  joueuse  »  ; autant je n’utiliserais pas l’expression  «  secteur des joueuses  ». Car les femmes, dans le monde des échecs, ne sont pas que des joueuses, mais aussi des présidentes de club, des entraineures, des animatrices, des arbitres… Et toutes ces fonctions, quand on est une femme dans un milieu d’homme, peuvent être plus compliquées. C’est pourquoi, à Échecs et Mixte !, le plan de féminisation de la FFE nous avait enthousiasmé-e-s en 2019 avant que nous soyons extrêmement déçu-e-s de voir qu’il n’était pas appliqué (aucune trace d’un séminaire ou de récompenses pour les présidentes de club, parité à retardement pour l’arbitrage des grands événements obtenue seulement pour les championnats jeunes 2020 et pas appliquée sur les événements en ligne durant les confinements…) Que vous soyez sur une liste ou une autre, que comptez-vous garder et appliquer de ce plan de féminisation  ?

Nous avons des propositions, les voici :

Concernant la règle dite «  de la féminine obligatoire en Nationale  », nous avons depuis 2015 une proposition alternative qui est un quota de joueuses sur l’ensemble des parties jouées sur une saison en National-Régional-Départemental. Concrètement, cela revient à compter le nombre de parties jouées par un club dans ces divisions (Nombre d’échiquiers x nombre de matchs = nombre de parties) et à appliquer un coefficient pour qu’un pourcentage minimum de joueuses joue ces parties, à leur niveau.  

Par exemple  : un club a une équipe en Nationale III (8 rondes x 8 joueurs = 64 parties) et une autre en Régional (6 rondes x 5 joueurs = 30 parties). Cela fait donc 64 + 30 = 94 parties. Si on demande à ce que, au minimum, 12,5% des 94 parties soient assurées par des joueuses (soit 1/8e), cela fait 12 parties à leur faire jouer. Ce qui pourrait être réalisé avec deux joueuses sur toute la saison en Régional et aucune en NIII, ou une en NIII sur les huit parties et une en Régional sur quatre parties, ou toute autre répartition qui assure que 12 parties au moins seront jouées par des femmes sur la saison… Le pourcentage de joueuses peut être adaptés au nombre d’inscrits dans un club.

Afin que chaque club sache où il en est au cours de la saison, un outil pourra comptabilisersur le site de la FFE, dans l’espace club, toutes les parties jouées avec un code «  F  ». Et ceux qui ne respecteront pas cette obligation pourront être pénalisés les saisons suivantes. Cela permettra de faire jouer les femmes à leur niveau, et évitera de leur demander de venir pour rendre service plutôt que pour leur plaisir. Elles ne seront plus là pour «  éviter le -1  », mais elles pourraient être joueuses à part entière, et notamment exercer plus souvent le capitanat d’une équipe (comment voulez-vous être capitaine quand vous êtes le «  bouche-trou  » d’une équipe de NII où tous les joueurs ont 300 points de plus que vous  ?) Nous souhaitons connaître votre avis sur cette proposition, et savoir si vous comptez la mettre en œuvre car elle nous semble particulièrement importante pour l’accès à la compétition de nouvelles joueuses. 

Nous ne sommes cependant pas opposé-e-s à garder l’obligation d’avoir une joueuse par équipe en top12, si une commission du haut niveau féminin – en concertation avec l’élite féminine – estime que c’est une mesure adéquate pour favoriser tant leur progression sportive que leur situation économique. À ce propos, que comptez-vous faire pour sécuriser l’entrainement des joueuses de haut niveau les plus fortes ou les plus prometteuses  ? Certaines joueuses de haut niveau vont souvent choisir de jouer le National Féminin aux championnats de France pour des raisons financières, parce qu’elles sont invitées par la FFE, alors qu’elles préféreraient peut-être jouer l’Accession, un tournoi plus compétitif, avec des adversaires qu’elles connaissent moins, et qui peut leur ouvrir les portes du National Mixte. Est-ce qu’il y aurait la possibilité de transformer une partie des prix du National féminin en une allocation qui permettrait de laisser le choix aux joueuses du tournoi qu’elles désirent vraiment jouer l’année suivante ? Ou d’inviter quelques joueuses à jouer l’Accession, dans les mêmes conditions que le National féminin ? 

Par ailleurs, les joueuses de haut niveau ne doivent pas être cantonnées aux tournois féminins lorsqu’elles veulent tenter de faire des normes. Les tournois fermés, où joueurs et joueuses peuvent réaliser des normes de MI, GMI… pourraient avoir une aide de la FFE à condition d’avoir comme participantes une ou plusieurs joueuses françaises. 
Qu’en pensez-vous  ?

Que comptez-vous faire pour aider les joueuses qui sont étudiantes à continuer à s’entrainer  ? Beaucoup de joueurs et encore plus de joueuses abandonnent les échecs au moment de débuter leurs études. Certaines écoles et universités permettent pourtant à ceux et celles qui sont sportifs de haut niveau d’aménager leur emploi du temps dans ces années qui comptent tant dans la carrière d’un sportif. Pourrait-on avoir une liste de ces établissements  ? Comptez-vous promouvoir les partenariats avec eux  ?  

Enfin, vous le savez, Échecs et Mixte ! a toujours soutenu l’idée de faire jouer filles et garçons ensemble aux Championnats Jeunes, de l’échelon départemental au championnat national, avec double classement (mixte et féminin). Cela afin que les filles jouent à leur vrai niveau, qu’elles s’habituent à des tournois plus compétitifs, et que les garçons découvrent qu’elles sont des adversaires à part entière et non des «  féminines  ». Plusieurs ligues appliquent cela depuis des années, aucune ne s’en est effondrée. Faire jouer tous les jeunes d’une même catégorie dans le même tournoi est depuis longtemps une nécessité pour améliorer le niveau des jeunes joueuses. Vous y engagez-vous  ? 

J’espère avoir bientôt vos réponses à ces questions et connaître votre programme en ce qui concerne le secteur féminin. À Échecs et Mixte  !, nous souhaitons pouvoir publier vos différentes réponses au plus tard aux alentours du 17 février 2021 : nous fêterons les six ans de l’association, ce sera une bonne occasion d’avoir une idée de l’avenir de la mixité dans notre fédération. Et cela sera suffisamment tôt pour laisser aux lecteurs du site le temps d’évaluer vos programmes. Nous sommes prêt-e-s à parler de nos propositions, à échanger sur les vôtres. Nous attendons vos retours avec impatience et curiosité. 

En attendant, je vous envoie, au nom d’Échecs et Mixte !, nos meilleurs vœux de mixité et de projets réalisés pour cette année 2021.

Sonia Bogdanovsky,

Présidente de l’association Échecs et Mixte  !

 

Championnat de France des jeunes en ligne : nous demandons un titre mixte

Texte d’Aude Soubrier.

/ Edit 04/07/2020 : Il s’est finalement avéré que cette répartition des titres garçons /filles était une erreur de la FFE, qui a été corrigée après la publication de cet article en restaurant les titres habituels mixtes/filles. Malgré tout, nous ne pouvons nous empêcher de voir dans cette erreur et dans l’absence de réaction de la part du milieu échiquéen un indice fort que pour beaucoup « mixte » et « masculin » restent synonymes. /

Capture d’écran du mail envoyé par la FFE à ses adhérents pour les informer de l’organisation de ces championnats en ligne.

Nous nous réjouissons que la FFE ait décidé d’organiser des championnats des jeunes en ligne à partir du 6 juillet avec des tournois mixtes, regroupant garçons et filles des même catégories d’âge

Cependant nous nous étonnons de l’attribution de titres « champion garçon » et « championne fille » alors que les titres généralement attribués sont ceux de « champion.ne mixte » et « championne fille ». 

Plusieurs réflexions à ce propos : 

  • Pourquoi un titre « garçon » alors qu’il n’y a jamais eu en France de catégorie garçon jusqu’à maintenant ? 
  • Est-ce une façon de reconnaître que les tournois et les titres jusque là dénommés « mixte » ont en réalité toujours signifié implicitement « garçon » et que dès lors que les tournois sont réellement mixtes, il faut maintenir ce titre dans le giron masculin ? 
  • Lors des championnats jeunes de l’Union Européenne, c’est le modèle qui a momentanément prévalu : des championnats mixtes avec un titre garçon et un titre fille. Quel a été le résultat ? Une certaine invisibilisation des résultats des filles. Il est évident – au vu de la répartition garçons / filles dans les échecs, et des préjugés encore persistants – qu’entre un champion garçon et une championne fille, peu de gens imagineront que la deuxième est peut-être en réalité la vainqueure de son tournoi. Voici ce que j’en écrivais en 2017 :

Par contre, pour les hommes, on ne précisera jamais qu’ils sont champions mixtes, car cela est censé aller de soi – même quand ce n’est pas le cas ! En voyant l’annonce ci-dessus, vous ne doutez pas du fait que Thomas Ariza ait remporté le titre de champion mixte en U14, d’autant qu’il est bien précisé entre parenthèse U14 alors qu’il est par exemple indiqué U10f pour Sofia Bellahcene. Eh bien vous avez tout faux, Thomas Ariza n’a en fait remporté que le titre de champion garçon. L’Union Européenne ne décernait alors pas de titres mixtes. Mais s’il avait fallu en attribuer un, il serait allé à Viktoria Radeva, seule première de ce championnat. Pourtant, si l’on disait simplement que Viktoria Radeva a été championne des moins de 14 ans, personne ne penserait qu’elle était effectivement championne « tout court » mais plutôt championne des filles de moins de 14 ans.

Enfin il n’est peut-être pas inutile de rappeler que les titres et tournois féminins sont avant tout un outil de correction : un moyen de faire accéder les joueuses au haut-niveau dans une situation d’inégalité de genre, et sans attendre l’avènement de l’égalité. Les hommes n’ont nullement besoin d’un tel outil de correction. Créer un titre spécifiquement pour eux, c’est introduire une fausse symétrie, c’est à dire nier l’inégalité prégnante de notre discipline tout en empêchant les femmes d’accéder au titre général, mixte. 

Et à titre personnel, je ne suis guère plus favorable au triptyque « titre mixte + titre garçon + titre fille ». Comme nous l’avons vu, le titre garçon n’a pas de raison d’être, mais en plus le risque est grand que dans le langage courant, « titre mixte » et « titre garçon » deviennent synonymes. (D’autres à E&M préféreraient un titre de « champion-ne mixte » cumulable avec celui de champion garçon ou fille).

En bref, oui à des championnats mixtes, mais il faut garder les titres tels qu’ils sont actuellement : mixte et féminin. Et travailler activement à mettre en œuvre une égalité qui rendra le titre féminin totalement obsolète.

Mais puisque les inscriptions sont déjà ouvertes pour ce championnat, nous demandons à la FFE, au vu de ces arguments, de rajouter un titre de « champion.ne mixte » qui soit cumulable avec les deux autres titres déjà prévus.

Echecs , mensonges et vidéo

Article d’Isabelle Billard

On peut réglementairement mentir dans une impressionnante liste de jeux de plateau 1. Mentir pour conclure un accord qu’on trahira au tour suivant (Monopoly, Catane, Risk…). Mentir pour abuser l’équipe adverse (Loup Garou). Mentir pour donner du piment au jeu (tous les jeux de rôles, typiquement). Au jeu d’échecs, on ne peut pas mentir, en principe. Bien sur, il y a les gambits, l’offre d’un pion empoisonné par exemple en b2/b7 ou le sacrifice de Dame si tentant et pourtant si dangereux à accepter. Tout cela n’est pas mentir. Le coup s’est joué sur l’échiquier, au vu de tout le monde, il n’y a pas entourloupe, et la plupart du temps, l’adversaire n’est pas obligé de prendre. Un comportement plus limite est la fausse mine dépitée après votre coup, la main qui se déplace au-dessus du plateau de jeu et semble hésiter alors que vous connaissez l’ouverture par cœur. Ces comportements, qui s’apparentent plutôt au bluff du poker ou aux comédies des joueurs de foot qui tombent à terre en hurlant à la mort pour une pichenette, vous attireront les foudres de l’arbitre si vous abusez du procédé et que votre adversaire porte plainte. 

Une des tartes à la crème des textes sur les échecs est de vanter les valeurs sportives que véhicule le noble jeu : respect des règles, respect de l’arbitre, respect de l’adversaire. On pourrait donc s’attendre à ce que les représentants de la FFE soient irréprochables quant au respect de la parole donnée et soient d’une honnêteté intellectuelle à toute épreuve. Tout le monde a le droit de se tromper, mais personne n’a le droit de mépriser ses interlocuteurs, ses adhérents, le Ministère et le public en général qu’il puisse s’autoriser à promettre monts et merveilles pour, dans la foulée, s’asseoir sur les textes écrits qui engagent la FFE via leur signature. 

Et pourtant ! Si je reprends le texte du « Plan de féminisation de la FFE » qui nous avait tant plu (voir ici et ), en commençant par le mot du président, j’apprends que « La féminisation du sport échecs est une mission prioritaire de la FFE, nous nous engageons à favoriser l’accès des filles et des femmes à toutes les formes de pratiques du jeu d’échecs, à lever les obstacles qui entravent leurs engagements dans le haut niveau et à leur permettre une meilleure représentation dans les instances dirigeantes et encadrantes. » (signé: Bachar Kouatly). Dans le détail du plan, présenté cet été oralement par J. Wolfangel et M. Choisy, nous avions tout particulièrement signalé notre adhésion et notre enthousiasme pour les mesures visant à « tendre vers la parité sur l’arbitrage des grands championnats (championnat de France, championnat de France jeunes, championnat de France Rapide et Blitz)» (page 18). Encore plus précis et plus exigeant, le tableau de ce même plan, page 19, indiquait que l’objectif intitulé ‘parité sur l’arbitrage des championnats nationaux’, piloté par la DNA, devait commencer en août 2019, aux Championnats de France de cette année, par conséquent, et que l’indicateur chiffré serait le pourcentage de femmes. Résultat, la liste officielle des arbitres de ce championnat mentionne en tout et pour tout 3 femmes (Lucie ARGENTE, Dominique CYRILLE et Marie GUIBERT), pour 14 arbitres, soit une femme arbitre de moins que l’an passé pour le championnat de Nîmes, encadré par 12 arbitres au total. Pas besoin de sortir de Polytechnique pour comprendre qu’en passant de 4 F sur 12 à 3 F sur 14, on assiste à une régression. À tout le moins, on peut trouver que la FFE a une curieuse façon de « tendre » vers l’égalité des genres dans l’arbitrage des Championnats de France. 

Notez que je n’accuse pas les signataires du plan de mensonge éhonté. En effet,on peut trouver plein de raisons à ce pitoyable résultat après tant de battage médiatique, que l’on peut classer en deux catégories d’explications, que nous allons examiner tour à tour.

1) « C’est la faute aux femmes ! »
Evidemment, comme dit une pub célèbre, ‘100% des gagnantes auront tenté leur chance’, si bien que si moins de 7 femmes se sont portées candidates pour arbitrer aux championnats de France, même la meilleure volonté du monde n’arrivera pas à en mettre 7 dans la liste, sauf à prendre des volontaires désignées d’office, ce qui n’est pas souhaitable non plus. Toutefois, nos diverses sources d’information indiquent qu’au moins 5 femmes se sont portées candidates. Le compte n’y est toujours pas mais quelles ont été les raisons qui ont conduit à réduire ce nombre à portion si congrue ?

Encore une fois, je ne fais pas a priori de procès d’intention à la FFE mais tout de même, il y a de quoi se poser quelques questions. Toujours d’après nos informations, il n’y a pas eu de désistement pour cause de force majeure et aucune des candidates n’avait un niveau insuffisant. En revanche, une candidate a été écartée pour, parait-il, des petits soucis de comportements au cours d’arbitrages précédents, ce dont elle s’étonne. Sur ce dernier cas, je ne veux pas lancer une polémique qui n’a pas été souhaitée par l’arbitre en question mais comme dit encore une fois la pub, « il n’y a pas de petits soucis de comportement » quand on est arbitre. Ou bien il y a une plainte d’un joueur et une décision en commission ou bien il n’y en a pas. En l’absence de plainte passée, l’argument retenu pour l’écarter des Championnats sent fortement le moisi. Enfin, une deuxième candidate a été écartée parce qu’elle avait déjà arbitré lors des Championnats jeunes de cette année. Reste donc trois femmes pour un objectif de 7. 

Que les candidatures ne soient pas automatiquement acceptées, cela est normal. Que la première année où l’on claironne qu’on va vers l’égalité arbitrale, on se retrouve avec moins de femmes que l’année d’avant l’est beaucoup moins et ce n’est pas cet état de fait qui va susciter l’enthousiasme des femmes pour les candidatures de l’an prochain. 

Nous en venons donc logiquement à la seconde catégorie de raisons possibles à ce fiasco lamentable :

2) « C’est la FFE, la DNF et la DNA 2   qui n’ont pas fait leur boulot ! »

Commençons par deux questions ‘poil à gratter’ : 

  • 1) y a-t-il plus de raisons pour exclure une femme, sous prétexte que les femmes ne représentent que 25 % de la FFE plutôt que de choisir un homme sous prétexte que les hommes représentent déjà 75 % des licenciés ? Dans les deux cas, on choisit pour un argument lié au sexe, qui n’a rien à voir avec les compétences requises, alors pourquoi s’offusquer dans un cas et trouver ça parfaitement normal dans l’autre? 
  • 2) Notre Fédération crève, pour partie, d’effectifs en berne. Montrer que les échecs ne sont pas un monde ‘que pour les hommes’ pourrait avoir un effet positif sur les effectifs féminins de la FFE, par effet d’entrainement. Prouver qu’aux échecs aussi, les femmes ont leur place, comme partout ailleurs dans la société, est une œuvre de salut public, un argument vendeur pour des tas de dossiers de subvention (soyons horriblement pragmatique) et pourrait devenir une obligation ministérielle. Voulons-nous donc absolument nous cramponner à des attitudes ringardes ? Ne serait-il pas plus intelligent de devancer un tantinet non pas l’évolution de la société dans son ensemble (là, c’est déjà raté) mais l’évolution législative? 

Passons aux questions qui fâchent mais que tout cerveau normalement constitué va fatalement se poser : 

  • Se pourrait-il que des dissensions, pour ne pas dire des guerres de clan, existent au sein de la gouvernance de la FFE, qui auraient conduit à ce que la volonté d’une Direction Nationale soit considérée comme lettre morte par une autre? 
  • Ou bien alors, la DNF aurait-elle tout simplement oublié (!) de prévenir ou de discuter avec la DNA pour rédiger le plan de féminisation et chacun faisant son travail dans son coin sans se concerter, on en arrive à des incohérences majeures de cet ordre, plus personne ne voulant alors prendre la responsabilité de ce ratage? 
  • La Présidence de la FFE, en cette période d’agitation habituelle d’avant les AG, se serait-elle sentie si peu concernée par des promesses, qui, comme chacun sait, n’engagent que ceux qui y croient, qu’elle aurait tout simplement fait l’impasse sur ce point? 

Bref, pouvons-nous espérer avoir une explication franche et honnête à ce qui apparait, au choix, comme un couac monumental, un mépris affiché de la parole donnée, une désorganisation complète ou de l’incompétence avérée, voire les quatre à la fois ?

Pour l’an prochain, serait-il trop demandé de suggérer que la FFE, après un audit des raisons de ce cafouillage préjudiciable à sa réputation, s’y prenne autrement, par exemple en se donnant plus de moyens, tôt dans la saison, pour aller chercher des arbitres femmes, comme par exemple :

  • en écrivant à toutes les arbitres femmes pour leur expliquer qu’elles pourraient participer à de cet arbitrage prestigieux
  • en (re)publiant un appel en page d’accueil du site de la FFE
  • en écrivant à tous les clubs et arbitres formateurs pour qu’ils relaient cet appel
  • en mettant tous les responsables autour de la table, pour que nul n’ignore la politique affichée de la FFE ? 

Isabelle Billard

PS: ah oui, j’oubliais, pour le troisième mot du titre : http://www.echecs.asso.fr/Actu.aspx?Ref=12067

Illustration : Georges de La Tour, Le Tricheur à l’as de carreau.

1. Les listes de jeux choisis pour illustrer cet article ne sont nullement exhaustives.

2. DNF : Direction Nationale des échecs au Féminin et DNA : Direction Nationale de l’Arbitrage.

Article de Ouest-France : pourquoi les joueuses sont-elles classées à part ?

Nous avons été interrogés par le quotidien Ouest-France pour savoir pourquoi, dans le championnat de France ainsi que dans les championnats jeunes, il existe des compétitions féminines et des classements féminins. Pour le même article Jocelyne Wolfangel, directrice nationale du secteur féminin de la FFE, ainsi que Anaëlle Afraoui, maître Fide Féminin qui jouait l’an dernier le national Féminin aux championnats de France, ont aussi été interrogées. L’article est à lire en suivant ce lien.

Pour approfondir sur le sujet, vous pouvez consulter notamment l’interview de la jeune Eva Perles sur son expérience en championnat de France jeune mixte : « Pour moi, c’était un tournoi normal. », le compte-rendu des championnats régionaux mixtes IDF 2018 : « Parce que « mixte » ne signifie pas « chez les garçons » » et le « Parcours d’une joueuse d’échecs semi-professionnelle » par Mathilde Congiu.